Un devis accepté, deux de plus refusés.
Voilà le genre de choix que beaucoup d’indépendants vivent en silence. Le carnet de commandes se remplit. L’activité pourrait décoller. Et pourtant, nous freinons. Pas par peur du travail. Par peur du système.
Les chiffres confirment ce malaise. 75 % des auto-entrepreneurs capables de changer de statut refusent de le faire (Source : Étude UAE / Fondation Leoc-Les Mousquetaires). Ce chiffre devrait alerter tout décideur public. Il raconte une chose simple : en France, grandir coûte trop cher. Et complique tout.
Un plafond invisible mais bien réel
François Hurel, président de l’Union des Auto-Entrepreneurs, met les mots sur ce que beaucoup ressentent. Le passage vers une entreprise classique agit comme un mur.
Pour une activité identique, un indépendant doit générer environ 20 000 euros de chiffre d’affaires en plus pour maintenir son revenu. Près de 25 % de hausse. Sans vendre davantage. Sans travailler plus intelligemment. Juste pour compenser.
- Charges sociales plus élevées
- Frais comptables obligatoires
- Formalités juridiques complexes
- Temps administratif en hausse
Nous passons ainsi d’un régime lisible à un labyrinthe. Beaucoup s’arrêtent avant l’entrée. C’est rationnel.
La mécanique française de la complexité
Le problème ne vient pas d’une règle isolée. Il vient d’un empilement continu.
Le code de commerce a grossi de 700 % en dix ans.
Le code de l’urbanisme : +500 %.
Le code de l’environnement : +900 %.
(Source : déclarations François Hurel, Radio Classique)
Une très petite entreprise doit comprendre environ 5 000 pages de réglementations. Sans même ouvrir le code fiscal.
Nous appelons cela la simplification. En pratique, chaque réforme ajoute une couche. François Hurel parle d’une « modernisation de la complexité ». L’expression frappe juste.
« Chaque loi de simplification engendre de nouvelles contraintes. »
— François Hurel, président de l’UAE
Un écosystème entier vit de cette densité. Experts, formulaires, contrôles. Le système s’auto-alimente.
Pourquoi les micro-entrepreneurs ne recrutent pas
Le débat sur l’emploi mérite de la clarté. Les indépendants ne refusent pas d’embaucher par confort. Ils évaluent le risque.
Changer de statut entraîne :
- Une responsabilité juridique accrue
- Des coûts fixes immédiats
- Des obligations sociales rigides
Un recrutement raté peut mettre l’activité en danger. Un contrôle peut bloquer des mois de trésorerie. Nous faisons des calculs simples. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Résultat : la croissance s’arrête net. L’emploi ne se crée pas. Pas par manque d’ambition. Par lucidité.
Un paradoxe français assumé
Autre chiffre clé. 94 % des auto-entrepreneurs se déclarent satisfaits de leur statut (Source : UAE). Ils apprécient :
- La simplicité
- La flexibilité
- La lisibilité
Chaque jour, environ 3 500 nouvelles inscriptions confirment ce succès. Et que demandent ces indépendants à l’administration ? Une chose. Ne touchez à rien.
Pourtant, des réformes se préparent. La réduction du seuil d’exonération de TVA pour les plus petits acteurs inquiète déjà. François Hurel y voit une menace directe contre l’équilibre du régime.
Encore une couche. Encore un frein.
Un fossé entre décideurs et terrain
François Hurel pointe un problème culturel. Très peu de responsables publics ont dirigé une entreprise. Ce décalage pèse lourd.
Quand on n’a jamais :
- Payé un appel de charges imprévu
- Géré une trésorerie tendue
- Négocié avec l’administration en urgence
On sous-estime l’impact de chaque règle. Sur le papier, tout semble gérable. Sur le terrain, chaque formalité prend du temps, de l’énergie, de l’argent.
Ce que nous pouvons attendre d’une vraie simplification
La solution ne passe pas par un ajustement technique. Elle demande une approche globale.
Adapter les règles à la taille réelle des entreprises.
Stabiliser les régimes existants.
Limiter l’inflation normative.
Une très petite entreprise ne fonctionne pas comme un grand groupe. Les contraintes doivent suivre cette logique.
La France regorge d’initiatives, de savoir-faire, d’envies d’entreprendre. L’énergie existe. Le potentiel aussi. Nous devons simplement retirer les cailloux du chemin.
Grandir sans peur, enfin
Supprimer l’enfer normatif n’a rien d’idéologique. C’est une décision pragmatique.
Chaque activité qui grandit crée de la valeur. Chaque recrutement sécurisé renforce l’économie locale. Chaque règle simplifiée libère du temps productif.
Nous n’avons pas besoin de discours. Nous avons besoin d’air. L’entrepreneuriat français respire déjà. Donnons-lui l’espace pour courir.
Sources : Étude Union des Auto-Entrepreneurs / Fondation Leoc-Les Mousquetaires ; interventions de François Hurel, Radio Classique.
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