Une maison trop endettée, voilà le genre d’image qui parle à tout le monde. Les mensualités montent. Les revenus stagnent. Alors on coupe partout. Vacances annulées. Travaux reportés. La spirale commence. À grande échelle, cela porte un nom précis : le deleveraging.
Le deleveraging, un choc lent mais profond
Nous parlons ici d’un ajustement économique structurel. Ménages, entreprises, banques et États cherchent tous la même chose : réduire leur dette. Pas par choix. Par nécessité.
Le déclencheur reste toujours le même. La dette progresse plus vite que les revenus et que la valeur des actifs. À un moment, le système coince. Les remboursements deviennent lourds. Les garanties perdent de la valeur. Les acteurs réagissent en réduisant leurs dépenses.
Le résultat arrive vite :
- moins de consommation,
- moins d’investissement,
- moins de revenus.
Trois lignes. Un mur.
Pourquoi ce n’est pas une récession classique
Une récession classique ressemble à un rhume. Désagréable, mais temporaire. Les banques centrales baissent les taux. Le crédit repart. L’économie redémarre.
En phase de deleveraging, ce levier ne fonctionne plus. Les taux sont déjà proches de zéro. Ce fut le cas aux États-Unis dans les années 1930, puis après la crise financière mondiale de 2008 (Source : Réserve fédérale, FMI).
Deux blocages apparaissent :
- Les emprunteurs surendettés refusent de s’endetter davantage.
- Les prêteurs doutent du remboursement.
Le crédit se fige. Le moteur cale. Nous entrons dans une spirale déflationniste.
« Quand tout le monde veut réduire sa dette en même temps, l’économie ralentit mécaniquement. » (Ray Dalio)
Le cercle vicieux du crédit qui disparaît
Concrètement, chaque euro remboursé devient un euro non dépensé ailleurs. La demande chute. Les prix des actifs suivent. Immobilier. Actions. Terrains.
Les banques encaissent le choc. Leurs actifs représentent les dettes des autres. Quand ces dettes perdent de la valeur, les bilans se contractent.
Les conséquences s’enchaînent :
- faillites d’emprunteurs,
- pertes bancaires,
- panique financière.
Dans les années 1930, près de 9 000 banques américaines disparaissent (Source : FDIC). En 2008, le système tient, mais au prix d’interventions massives.
Quatre leviers, jamais un seul
L’histoire économique montre que les économies utilisent toujours une combinaison de quatre leviers pour sortir du deleveraging. Jamais un seul. Jamais sans douleur.
- L’austérité
- Les défauts et restructurations
- La redistribution
- La création monétaire
L’austérité arrive toujours en premier. Les budgets se resserrent. Les dépenses publiques baissent. Les ménages épargnent davantage. Le paradoxe surgit vite.
Les revenus chutent plus vite que la dette. Le poids de la dette augmente. L’économie s’enfonce.
Quand les dettes ne se remboursent plus
Viennent ensuite les défauts. Entreprises en faillite. États en difficulté. Ménages insolvables.
Pour éviter l’effondrement total, les créanciers négocient :
- allongement des maturités,
- baisse des taux,
- réduction du montant dû.
Ces décisions détruisent de la valeur financière. Une part de la richesse affichée disparaît. Elle reposait sur des promesses irréalistes.
C’est brutal. Mais c’est nécessaire.
La redistribution, levier souvent sous-estimé
Le troisième levier reste plus discret. La redistribution. Impôts progressifs. Transferts sociaux. Effacement ciblé de dettes.
Pourquoi cela fonctionne ? Parce que les ménages modestes consomment une grande partie de leurs revenus. Chaque euro transféré soutient la demande réelle.
Après 1933, le New Deal américain suit cette logique (Source : National Archives, États-Unis). La reprise reste lente, mais la stabilisation s’opère.
La création monétaire, arme à double tranchant
Lorsque tout bloque, la banque centrale intervient. Elle crée de la monnaie. Elle rachète des actifs. Elle soutient les prix.
Après 2008, la Réserve fédérale multiplie son bilan par plus de 4 (Source : Federal Reserve). Les marchés se stabilisent. Le système bancaire survit.
Mais ce levier comporte un risque clair :
- bulles financières,
- hausse des inégalités,
- dépendance durable à la liquidité.
Sans redistribution ni assainissement des bilans, la dette revient. Plus vite. Plus haut.
Ce que l’histoire nous apprend vraiment
Le deleveraging agit comme un rappel à l’ordre. La dette ne peut pas croître indéfiniment plus vite que les revenus. L’écart finit toujours par se corriger.
Les années 1930 et 2008 racontent la même histoire, avec des outils différents. Une correction sévère. Un choix politique difficile. Un arbitrage entre dépression durable et inflation contrôlée.
Pour nous, lecteurs et citoyens, la leçon reste simple. La croissance fondée uniquement sur le crédit reste fragile. Elle fonctionne longtemps. Puis elle s’arrête net.
Comprendre ces mécanismes, c’est mieux lire les crises à venir. Et surtout, éviter de croire qu’elles surgissent par hasard.
En savoir plus sur Tixup.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
