Un adolescent revend trois maillots sur une plateforme de seconde main. Achat : 60 €. Revente : 105 €. Bénéfice net : 45 €. Personne ne pose de question. Voilà le décor.
Le maillot de football ne sert plus seulement à soutenir une équipe. Il sert aussi à afficher un style, une nostalgie, parfois une appartenance sociale. Ce glissement a transformé un simple équipement sportif en un marché économique structuré, lucratif et… très poreux. Regardons les faits. Puis les enjeux.
100 € le neuf, 250 € le vintage : la mécanique des prix
Un maillot officiel coûte aujourd’hui autour de 100 €. Certaines éditions anciennes ou spéciales montent à 200, parfois 250 € sur le marché de la revente (Source : plateformes de revente, témoignages consommateurs).
Ce positionnement tarifaire crée un appel d’air. Large. Prévisible.
- Des fans veulent suivre la mode.
- Des jeunes surveillent leur budget.
- Des acheteurs acceptent un compromis sur l’authenticité.
Résultat : une alternative s’impose. La copie. Entre 20 et 30 €. Accessible. Rapide. Visible.
En Belgique, 10 % des 15‑24 ans reconnaissent avoir acheté volontairement une contrefaçon d’article de sport (Source : étude statistique Belgique). Ce chiffre nous parle. Il décrit une banalisation.
L’e‑commerce a changé les règles du jeu
Un site qui change d’adresse. Un autre qui héberge des catalogues. Un vendeur joignable sur WhatsApp. Quelques annonces masquées sur AliExpress. Les enquêteurs ont cartographié ce système (Source : services des douanes, enquête journalistique).
Nous ne sommes plus dans la ruelle sombre. Nous sommes dans un flux organisé.
Trois maillots commandés en ligne pour 75 €. Livraison reçue. Tous contrefaits. Qualité correcte. Logos présents. Client tenté de fermer les yeux.
La frontière devient floue. Dans les stades. Sur Vinted. Entre l’esthétique et l’éthique.
Liège, plaque tournante de l’économie parallèle
Chaque jour, 3 millions de déclarations d’importation passent dans les systèmes belges. L’aéroport de Liège joue un rôle clé. Hub majeur de l’e‑commerce européen (Source : douanes belges).
En quatre mois de 2024, les douanes ont saisi près de 4 000 faux maillots. Sur toute l’année précédente, elles avaient à peine fait plus.
Les agents ciblent les colis :
- Origine géographique, souvent la Chine.
- Emballage bas de gamme.
- Déclarations imprécises.
Quand un produit est identifié comme contrefait, il part à la destruction. Aux frais du titulaire de la marque. Coûts logistiques. Coûts juridiques. Coûts invisibles.
Derrière les copies, une vraie économie mondiale
Les marques parlent peu. Adidas et Puma affirment agir, sans publier de chiffres précis (Source : communications officielles).
Les experts, eux, documentent. Selon l’avocat Olivier Vrinz, 80 à 90 % des marchandises contrefaites proviennent de Chine, issues d’usines illégales, parfois avec du travail de mineurs (Source : entretien avocat spécialisé).
Un phénomène intrigue encore plus : l’overrun.
Des usines autorisées produisent plus que les volumes commandés et écoulent le surplus sur des circuits parallèles.
La qualité devient alors presque identique à l’original. Même textile. Même coupe. Différences infimes. Prouver ce double jeu reste extrêmement complexe.
Repérer un faux : mission de plus en plus technique
Comparaison en main, les détails apparaissent :
- Légers défauts d’alignement.
- Broderies irrégulières.
- Absence d’étiquettes officielles.
Mais soyons honnêtes : la qualité des contrefaçons a progressé. Le repère visuel ne suffit plus. Le consommateur perd en contrôle.
Un manque à gagner massif… pour tous
Ce marché parallèle représente plusieurs centaines de millions d’euros de pertes cumulées pour les marques et pour l’État (Source : estimations douanières et juridiques).
Moins de TVA. Moins de droits de douane. Moins d’investissements déclarés.
Dans le même temps, il offre des micro‑revenus attractifs. Jonathan, 16 ans, achète des maillots 20 €, les revend 35 €. En quelques semaines, il empoche 120 € (Source : témoignage consommateur).
Peu de peur. Peu de sanctions. La contrefaçon reste moins punie que d’autres trafics, parfois moins rentables.
Et la santé dans tout ça ?
Les échantillons testés ne contenaient ni formaldéhyde ni métaux lourds détectables (Source : laboratoire indépendant). Bonne nouvelle ?
Le laboratoire nuance. Ces textiles exigent un niveau technique élevé. Ils suggèrent des liens possibles avec des chaînes officielles.
Ailleurs, en Espagne, des tests ont révélé du plomb, du mercure, du cadmium. La prudence reste une règle de base.
Ce que ce marché nous dit vraiment
Nous observons un classique de politique économique.
- Des prix élevés créent un contournement.
- La technologie facilite l’accès.
- L’application de la loi peine à suivre.
Le maillot de football devient un cas d’école. Régulation. Responsabilité des plateformes. Éducation du consommateur. Sans réponse coordonnée, le faux gagne du terrain. Pas par provocation. Par facilité.
Et c’est souvent comme cela que les marchés basculent.
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