45 milliards d’assignats : la dette qui fit chuter le pouvoir

Un boulanger sans farine. Voilà le genre d’impact que nous observons en 1789. Le four chauffe, la file s’allonge, le pain manque. Derrière cette scène simple, nous trouvons une équation comptable brisée. La Révolution française ne démarre pas dans les salons philosophiques. Elle démarre dans les livres de comptes.

Nous aimons raconter 1789 comme une révolte morale. Liberté. Égalité. Mais les chiffres parlent plus vite que les discours. La monarchie tombe parce que la caisse est vide. Le reste suit.

Une monarchie riche sur le papier, ruinée en pratique

Sous Louis XIV, XV puis XVI, la France vit à crédit. Les guerres coûtent cher. Très cher. Versailles aussi. Puis vient l’aide à l’indépendance américaine. Une cause populaire. Une facture lourde.

  • 1,3 milliard de livres pour soutenir les Insurgents américains.
  • Plus de 4 milliards de livres de dette en 1780.
  • La moitié du budget absorbée par les intérêts.

Cette mécanique écrase le Trésor. Les recettes ne suivent plus. Le système fiscal bloque tout.

La noblesse et le clergé ne paient presque rien. La paysannerie paie tout. Nous parlons d’un système inique, connu de tous, défendu par ceux qui en profitent.

Jacques Necker publie les comptes royaux en 1781. Transparence rare pour l’époque. Mauvais timing. Les créanciers lisent. Ils comprennent. Ils doutent. Les taux montent. Les obligations royales chutent (Source : Compte rendu au Roi, Necker, 1781).

Quand la confiance disparaît, l’État se fige

Un État vit de crédit. Sans confiance, tout se bloque. C’est exactement ce qui arrive.

  • Le roi ne peut plus lever d’impôt.
  • Le roi ne peut plus emprunter.
  • Le numéraire manque.

Puis la nature s’en mêle. Les récoltes de 1788 et 1789 échouent. Le prix du pain explose. La colère aussi. Paris gronde. Les campagnes souffrent. Le pouvoir recule.

La convocation des États généraux ne représente pas un geste audacieux. C’est un aveu. La crise fiscale devient crise politique. La dette précède la guillotine.

Les assignats : une bonne idée sur le papier

Face à l’urgence, les révolutionnaires innovent. Ils créent les assignats. Du papier-monnaie adossé aux biens nationaux.

Six millions d’hectares de terres confisquées au clergé et à la noblesse servent de garantie. Au départ, le système fonctionne. Les échanges repartent. Le commerce respire.

Puis la tentation arrive. Financer plus. Plus vite. Sans limite.

  • 8 milliards de livres d’assignats en circulation en 1793.
  • 45 milliards en 1794.
  • Inflation supérieure à 13 000 %.

La monnaie se dilue. L’épargne disparaît. Le marché noir s’installe. Les étals se vident (Source : Archives financières de la Révolution française).

« Quand la monnaie meurt, la société tremble. »

Les autorités tentent le contrôle des prix. Elles désignent des ennemis économiques. Les “accapareurs”. La répression remplace la confiance. L’économie ralentit encore.

La Révolution répète les erreurs du roi

Le régime change. Les réflexes restent. Les dirigeants confondent vertu politique et discipline budgétaire. Mauvaise idée.

Quand la monnaie ne vaut plus rien, nous revenons au troc. Le commerce décline. Les campagnes s’isolent. Le pouvoir glisse. Des assemblées vers les comités. Des comités vers les généraux.

Napoléon observe. Il retient la leçon. En 1800, il agit.

  • Création de la Banque de France.
  • Institution mixte, publique et privée.
  • Objectif clair : restaurer la confiance.

Cette décision change la trajectoire. La monnaie devient fiduciaire. Sa valeur repose sur la foi publique, pas sur l’idéologie.

Un choc durable pour le monde entier

Les conséquences dépassent la France. Les investisseurs étrangers observent. Ils apprennent. Ils deviennent prudents.

Au XIXᵉ siècle, les jeunes républiques paient plus cher leur dette, surtout en Amérique latine. Le risque révolutionnaire entre dans les taux d’intérêt.

La Révolution française pose un lien durable :

  • Démocratie et dette avancent ensemble.
  • Dépense publique sans discipline fragilise le régime.
  • La stabilité économique fonde la légitimité politique.

Les privilèges fiscaux disparaissent. L’impôt devient universel. Le progrès existe. Mais de nouvelles fractures apparaissent.

Les spéculateurs et détenteurs d’assignats réels s’enrichissent. Les paysans et ouvriers perdent tout. Une bourgeoisie financière émerge. Elle structure le XIXᵉ siècle.

Une leçon toujours active

Chaque crise moderne réactive ce scénario. Guerre. Pandémie. Récession.

De l’Argentine au Zimbabwe, nous retrouvons le même trio :

  1. Déficit massif.
  2. Dilution monétaire.
  3. Effondrement de la confiance.

Derrière les discours, nous trouvons toujours les mêmes équations. Quand la production ne couvre plus la dépense, la monnaie faiblit. Quand la confiance disparaît, le pouvoir vacille.

La Révolution française nous laisse un héritage clair. Banque centrale. Séparation entre politique et monnaie. Fiscalité universelle.

Sans équilibre budgétaire, les idéaux se vident. Le pain manquant a fait tomber le trône. Puis la République.

Nous ferions bien de relire les comptes avant de relire les slogans.


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