IA : 75 % des gains du S&P 500, bulle ou nouveau cycle ?

Un chiffre qui interpelle : depuis 2022, 75 % des gains du S&P 500 proviennent de l’intelligence artificielle (Source : JPMorgan). Une dépendance qui rappelle à beaucoup l’ivresse des années 2000, quand la « nouvelle économie » promettait de réinventer la Bourse. Cette fois, les acteurs s’appellent Nvidia, Microsoft et OpenAI, pas Yahoo ou Cisco. Mais la mécanique semble familière : des valorisations hors normes, des investissements massifs, une promesse de productivité qui tarde à se concrétiser. Faut-il y voir une bulle ou une nouvelle phase de mutation ?

Des chiffres vertigineux

Le marché de l’IA explose. Nvidia a atteint des records de capitalisation ; Microsoft détient 49 % d’OpenAI ; cette dernière aurait signé plus de 1 000 milliards $ de partenariats avec Nvidia, AMD, Broadcom et Oracle (Source : Bloomberg). Ces montants reflètent une anticipation : la demande future en puissance de calcul. Mais ils alimentent aussi un circuit fermé où chaque acteur finance l’autre.

Exemple concret : Nvidia investit dans OpenAI, qui achète ses serveurs à Oracle, lequel se fournit… chez Nvidia. Le résultat ? Une circulation de capitaux qui gonfle les bilans, comme une boucle de rétroaction optimiste. Une spirale vertueuse tant que la croissance suit. Une pompe à illusions si la demande stagne.

Des fondamentaux sous tension

J’aime rappeler une règle simple : quand les prix montent plus vite que la valeur créée, le risque augmente proportionnellement. Aujourd’hui, les revenus mondiaux de l’IA devraient atteindre 60 milliards $ en 2025, alors qu’il en faudrait 2 000 milliards supplémentaire d’ici 2030 pour rentabiliser les infrastructures (Source : cabinet B). Autrement dit, +480 milliards $ par an dès maintenant, dans un marché où ChatGPT reste gratuit.

Le signal est clair : les investissements dépassent les flux économiques réels. Les dépenses en matériel et logiciels informatiques représentent déjà 4,4 % du PIB américain, presque au pic historique de 2000 (Source : Oxford Economics). Le parallèle devient troublant.

Ce que les acteurs du marché en pensent

Les dirigeants ne sont pas aveugles. Jeff Bezos parle d’une « bonne bulle », capable de trier les gagnants des perdants, comme Amazon l’a fait après 2000. Peter Openheimer, économiste chez Goldman Sachs, nuance : une bulle suppose un endettement global. Or, cette fois, les géants affichent des marges énormes. Meta a généré 18 milliards $ de profits trimestriels ; le secteur dispose de la trésorerie pour s’autofinancer. Cela fait une différence majeure avec Cisco, symbole de la bulle internet, qui ne gagnait que 2 milliards $ en 1999.

En clair, la surchauffe existe, mais les acteurs ont les reins solides. Ce n’est pas une simple inflation irrationnelle ; c’est aussi un pari de long terme sur la transformation structurelle de l’économie numérique.

Trois scénarios d’éclatement

Les analystes évoquent trois chemins possibles :

  • 1. Contagion par concentration : si OpenAI échoue, la dépendance des chaînes d’investissement pourrait provoquer un effet domino. Microsoft, Nvidia, Oracle… tous liés, tous exposés.
  • 2. Scandale de gouvernance : un incident à la FTX – manipulation de données, conflit d’intérêt, fraude interne – pourrait briser la confiance et geler les financements.
  • 3. Rupture technologique : l’émergence du calcul quantique ou de nouvelles puces plus sobres rendrait obsolètes les serveurs GPU, volant un pan entier de la valeur investie.

Chacun de ces scénarios est plausible. Leur déclencheur dépendra de la vitesse avec laquelle l’IA prouvera sa capacité à générer une productivité réelle. Si les promesses s’incarnent vite, la tension retombera. Sinon, la correction arrivera mécaniquement.

Le risque d’auto-intoxication financière

Dans mes échanges avec des gérants, un point revient souvent : l’effet miroir. Les entreprises de l’IA achètent leurs propres promesses. Nvidia vend ses GPU à des clients qui, eux-mêmes, les utilisent pour créer des modèles… destinés à valoriser Nvidia. Ce « buyback symbolique » gonfle artificiellement les volumes économiques.

Ce type de boucle avait précipité la chute de certaines sociétés en 2000 – chaque acteur croyait dans l’autre, jusqu’à ce que la réalité du marché (recettes, utilisateurs, ROI) vienne contredire les prévisions. La leçon : une chaîne sans sortie vers la demande réelle finit toujours par se rompre.

Un parallèle historique utile

En 1999, un portefeuille 100 % technologique offrait un rendement rapide mais risqué. Trois ans plus tard, il perdait jusqu’à 80 % de sa valeur. Pourtant, de cette crise ont émergé Amazon, Google et Salesforce. Ce schéma pourrait se répéter : une purge douloureuse avant un nouvel âge d’or. La vraie question n’est pas si la bulle éclatera, mais qui survivra pour bâtir la suite.

Les signaux à surveiller

  • Ratio investissement / revenu : si la croissance des dépenses IA dépasse celle des profits pendant plus de six trimestres consécutifs, l’alerte sera confirmée.
  • Endettement sectoriel : la solidité financière reste un garde-fou. Un bond de la dette corporate en 2026 indiquerait un retour du crédit excessif.
  • Rendement réel des GPU : les cartes haut de gamme se démodent vite (Source : Oxford Economics). Une obsolescence rapide pourrait plomber les bilans des acteurs les plus exposés.

Ce que cela change pour nous, investisseurs

Pour un investisseur particulier ou institutionnel, le dilemme est clair : participer à la croissance, sans se faire happer par la bulle. Voici trois conseils que je partage souvent avec mes clients :

  • Diversifier intelligemment : ne pas miser tout sur les valeurs IA, même si elles dominent aujourd’hui les indices. Conserver une exposition équilibrée à l’énergie, aux infrastructures et aux services.
  • Analyser la chaîne de valeur : privilégier les acteurs qui créent une utilité finale observable – applications, gains de productivité, économies d’énergie – plutôt que ceux qui vendent du concept.
  • Suivre la génération de cash : dans toute phase spéculative, la trésorerie reste la boussole. Les entreprises qui dégagent du cash libre réel résistent toujours mieux aux corrections.

Vers une « bonne bulle » ?

Jeff Bezos a peut-être raison : toutes les bulles ne sont pas mauvaises. Certaines accélèrent l’innovation, forcent les acteurs à tester vite, à échouer tôt, à trier les modèles viables. La bulle verte, la bulle internet, la bulle des cryptos – toutes ont laissé des fondations. L’IA pourrait suivre le même chemin : une euphorie utile, suivie d’une consolidation salutaire.

Un analyste cité par Bernstein le résume bien : Sam Altman pourrait provoquer soit une décennie de crise mondiale, soit une révolution économique. Le pari est grand. Mais c’est souvent le prix du progrès.

En conclusion

Nous assistons à un moment charnière. L’intelligence artificielle concentre l’attention, le capital et les espoirs. Les indicateurs de surchauffe sont là : valorisations extrêmes, interconnexions financières, promesses encore théoriques. Pourtant, la solidité des géants, leur rentabilité et leur capacité d’autofinancement offrent un plancher plus robuste que celui de 2000.

Alors, bulle ? Peut-être. Mais bulle consciente. Nourrie par des acteurs capables d’en assumer les conséquences. Dans cette perspective, le plus grand risque serait de sous-estimer l’impact durable de cette révolution. Restons prudents, lucides, mais présents : c’est souvent au cœur de la volatilité que se créent les meilleures opportunités.


En savoir plus sur Tixup.com

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Tixup.com

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture