Un actionnaire regarde son écran. L’action recule de 5 %. Rien de dramatique, mais le signal interpelle. La cause ne surprend personne. Warren Buffett annonce son retrait de la direction générale de Berkshire Hathaway après 60 ans aux commandes. Une page se tourne. Une autre s’ouvre.
Nous parlons ici d’une entreprise singulière. Un conglomérat qui mélange assurances, énergie, rail, industrie et un portefeuille boursier de 260 milliards de dollars. Un mastodonte piloté pendant six décennies par un investisseur hors norme. La question surgit vite : que devient Berkshire sans Buffett aux manettes ?
Un départ organisé, pas un saut dans le vide
Warren Buffett quittera la fonction de CEO à la fin de l’année. Greg Abel prendra officiellement la relève. Ce nom ne fait pas la une. C’est voulu. Abel dirige déjà les activités non assurantielles depuis plusieurs années. Buffett l’a choisi, formé et exposé.
Dans les faits, Buffett gère moins l’opérationnel depuis longtemps. Il supervise. Il arbitre. Il transmet. Les divisions clés restent entre des mains stables :
- Assurances : Ajit Jain continue de piloter le cœur du réacteur.
- Rail : BNSF poursuit sa route avec ses équipes actuelles.
- Énergie : Berkshire Hathaway Energy garde son autonomie.
- Industrie et services : mêmes dirigeants, mêmes procédures.
Buffett conservera la présidence du conseil. Il reste présent. Il sécurise la transition. Le marché aime les ruptures nettes. Berkshire préfère les passages progressifs.
Trois piliers solides, bien identifiés
Berkshire repose sur une architecture simple. Pas facile. Simple.
- Les assurances. Elles génèrent le « float », ce capital encaissé avant sinistres. Un carburant à faible coût.
- Les filiales détenues à 100 %. Des entreprises rentables, souvent leaders sur leur niche.
- Le portefeuille d’actions cotées. Environ 260 Md$ investis dans Apple, Bank of America, Coca-Cola, American Express…
Ajoutons un chiffre qui calme beaucoup d’angoisses : plus de 330 milliards de dollars de trésorerie. Peu de groupes affichent une telle réserve. Cette liquidité protège en cas de crise. Elle permet aussi d’agir vite quand les prix deviennent attractifs (Source : rapports financiers Berkshire Hathaway).
Le vrai sujet : l’après-Buffett côté investissements
Nous arrivons au point sensible. Warren Buffett affiche un rendement annuel composé proche de 20 % sur six décennies. Aucun comité. Aucun algorithme. Un homme.
Depuis 2010, Buffett prépare pourtant la suite. Deux gérants gèrent déjà une partie du portefeuille :
- Todd Combs, ex-Castle Point Capital.
- Ted Weschler, ex-Peninsula Capital.
Chacun pilote environ 15 milliards de dollars. Beaucoup parlent d’un test. Nous voyons surtout une lente montée en puissance. Les deux hommes appliquent les principes maison : discipline, horizon long, aversion pour le risque permanent.
À terme, ils géreront l’ensemble du portefeuille coté. Buffett restera au conseil. Il arbitrera encore. Il ne choisira plus chaque position.
La réaction du marché : émotion avant raison
L’annonce du retrait a déjà pesé sur le titre. Environ -5,5 %. Nous avons vu ce film.
Plusieurs analystes anticipent un scénario connu lors du décès de Buffett :
- Baisse émotionnelle de 5 à 10 %.
- Amplification médiatique.
- Ventes mécaniques de certains investisseurs institutionnels.
Ce type de mouvement ne juge pas les fondamentaux. Il traduit une inquiétude. Buffett le répétait souvent :
« À court terme, le marché agit comme une machine à voter. À long terme, il agit comme une balance. »
La valeur finit par suivre les profits et les flux de trésorerie (Source : lettres annuelles de Warren Buffett).
Sous-valorisation potentielle et parallèle historique
Chris Bloomstrand et d’autres observateurs estiment déjà Berkshire sous-valorisée. La raison reste simple :
- Qualité élevée des activités.
- Diversification réelle.
- Liquidités abondantes.
Ce débat rappelle un autre moment clé. 2011. Steve Jobs disparaît. Apple chute. Beaucoup doutent. Dix ans plus tard, le groupe affiche une valeur largement supérieure. Le produit change peu. La culture tient.
Berkshire fonctionne de manière décentralisée. Chaque filiale décide. Le siège contrôle le capital, pas les détails. Ce modèle réduit le risque lié à un seul homme.
Investisseur long terme : que faire concrètement ?
Nous revenons au terrain. À vos décisions.
Si vous investissez avec un horizon long :
- Une baisse liée au départ définitif de Buffett peut créer un point d’entrée.
- La trésorerie protège contre les scénarios extrêmes.
- La continuité managériale limite les ruptures stratégiques.
Si vous cherchez un coup rapide, le dossier se complique. La volatilité émotionnelle domine parfois plusieurs mois.
Buffett a souvent conseillé d’acheter des entreprises solides quand le marché tremble pour de mauvaises raisons. Appliquer ce conseil à son propre groupe aurait un certain sens de l’ironie. Et une logique implacable.
Berkshire Hathaway change de visage. Pas de colonne vertébrale. Les chiffres parlent. Le cash parle. Le temps fera le reste.
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