Flash crash : –1 000 Mds $ en 4 minutes

Un indice qui chute de 10 %. Quatre minutes suffisent. Mille milliards de dollars disparaissent, puis réapparaissent en moins d’une heure. Voilà ce que les marchés américains ont vécu un jeudi ordinaire de mai. Pas de guerre. Pas de faillite majeure. Juste des lignes de code. Et quelques humains derrière les écrans.

Cet épisode porte un nom : le flash crash. Nous allons le décortiquer pas à pas. Sans jargon inutile. Avec des faits. Et surtout avec des enseignements concrets pour tout investisseur sérieux.

4 minutes de chaos, 36 minutes pour respirer

Le 6 mai 2010, peu après 14 h 30 à New York, les indices américains décrochent violemment. Le Dow Jones perd près de 1 000 points. Le S&P 500 suit. En quatre minutes, la capitalisation boursière fond de 1 000 milliards $. Puis, presque aussi vite, les cours se redressent. Trente-six minutes plus tard, une grande partie des pertes s’efface.

Sur les écrans, des scènes absurdes apparaissent :

  • Accenture passe de 40 $ à 0,01 $
  • Apple s’échange brièvement à 100 000 $
  • Des ETF cotent à des prix sans lien avec leurs actifs

Un marché réputé liquide devient incontrôlable. Les ordres disparaissent. Les prix flottent. La confiance s’évapore.

Le cœur du système : les algorithmes

En 2010, le trading algorithmique domine déjà les échanges américains. Les HFT (trading à haute fréquence) exécutent des millions d’ordres en quelques millisecondes. Leur force : la vitesse. Leur faiblesse : la logique binaire.

À cette époque, certains acteurs achètent des flash orders. Ces ordres payants donnent un aperçu anticipé du carnet d’ordres. Une forme d’avantage informationnel. Légal alors. Contesté aujourd’hui.

Résultat : un marché très actif en apparence. En réalité, une liquidité fragile. Un trompe-l’œil.

Sarao : 15 millions $ depuis une chambre à Londres

Navinder Sarao n’a rien d’un loup de Wall Street. Fils d’une famille modeste de Londres. Formé chez Futex Live. Spécialisé dans les contrats à terme E‑mini S&P 500. Un contrat équivaut à 50 actions de l’indice.

En 2008, il transforme 2 millions $ en 15 millions $. Il profite du rebond post‑crise. Dès 2009, il observe autre chose : les algorithmes dominent. Ils saturent les carnets. Ils testent les limites.

Sarao réagit. Il code son propre robot. Pas pour suivre le marché. Pour le manipuler.

« Je place des ordres massifs. Je les retire aussitôt. Le marché réagit. Je prends l’autre côté. »

Cette technique s’appelle le spoofing. Ou le layering. Elle crée une fausse impression d’offre ou de demande. Elle reste interdite aujourd’hui.

À son apogée, cette stratégie lui rapporte plusieurs centaines de milliers de dollars par jour (Source : CFTC).

Le déclencheur réel : 75 000 contrats sans garde‑fou

Le jour du crash, Sarao reste actif. Très actif. Environ 200 millions $ de transactions sur les E‑mini. Jusqu’à 20 % des ordres de vente à certains moments. À 14 h 40, il se déconnecte. Gain : 950 000 $.

Une minute plus tard, un fonds commun déclenche le chaos.

Il lance un ordre de vente de 75 000 contrats E‑mini. Montant : 4,1 milliards $. L’algorithme suit une règle simple :

  • Vendre sans limite de prix
  • Ne pas dépasser 9 % du volume de la minute précédente

Problème : les HFT gonflent artificiellement le volume. L’algorithme croit à une liquidité abondante. Il accélère. En vingt minutes, tout est vendu. Le carnet se vide. Les prix chutent.

Les arbitragistes transmettent la chute aux actions. Les ETF suivent. Le marché entier vacille.

Qui porte la responsabilité ?

Les rapports officiels tranchent clairement.

  • La vente algorithmique du fonds déclenche le choc
  • Le HFT amplifie la violence
  • Le spoofing accroît la volatilité

Les manipulations de Sarao n’allument pas l’étincelle. Elles nourrissent l’incendie (Source : rapport SEC‑CFTC).

Entre 2009 et 2014, les autorités recensent au moins 12,8 millions $ de gains illicites et plus de 85 ordres de spoofing le jour du crash (Source : DoJ).

22 chefs d’inculpation, 1 an à domicile

Arrêté en 2015 au Royaume‑Uni, Sarao risque théoriquement 380 ans de prison. Il plaide coupable en 2016. Il coopère. Il livre des détails précieux sur le fonctionnement interne des marchés.

La peine tombe : un an d’assignation à domicile. Un contraste saisissant avec l’ampleur des sommes en jeu.

Ce que le flash crash nous a appris

Deux semaines après, les États‑Unis votent le Dodd‑Frank Act. Le texte définit juridiquement le spoofing. Il renforce la surveillance algorithmique. Il impose des coupe‑circuits.

Mais le message clé reste ailleurs.

  • Le volume ne garantit pas la liquidité
  • Les dérivés transmettent les chocs aux actions
  • Les algorithmes réagissent sans jugement

Pour un investisseur, la leçon reste simple.

Un marché moderne va vite. Très vite. Trop vite parfois. Nous devons intégrer ce risque structurel. Diversifier. Éviter les ordres sans limite. Comprendre les produits utilisés.

Le flash crash n’appartient pas au passé. Il sert de rappel. Les microsecondes gouvernent. La vigilance reste humaine.


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