Egypte / Quai d’Orsay – Déclarations du porte-parole

PARIS, France, 10 juillet 2013/African Press Organization (APO)/ — Quai d’Orsay – Déclarations du porte-parole

Q – Un commentaire sur les violences d’hier ?

R – Nous avons hier soir fait une déclaration sur la situation en Egypte, à la suite de l’entretien du Ministre avec M. Kamel Amr. Nous condamnons les violences bien évidemment, d’où qu’elles viennent, et appelons toutes les parties à faire preuve de retenue et à refuser l’escalade. Nous les appelons également au dialogue et à préserver l’unité nationale.

Il faut que toute la lumière soit faite sur ces violences, qui ont fait plus de 50 morts. Nous avons pris bonne note de la création d’une commission d’enquête et avons aussi exprimé notre solidarité avec les familles des victimes et des blessés.

Par ailleurs, le président égyptien par intérim a diffusé cette nuit une déclaration constitutionnelle, dans laquelle un certain nombre d’échéances sont annoncées, dont nous avons pris acte : la tenue d’un référendum, puis l’organisation d’élections législatives, et ensuite présidentielles.

Il n’y a évidemment pas d’autre issue qu’une solution politique et la poursuite de la transition démocratique en Egypte. C’est aussi ce dont a parlé hier soir Laurent Fabius avec son homologue égyptien. Il est nécessaire de trouver une solution de compromis et de mettre en place un processus « inclusif ». Des élections transparentes et ouvertes à tous doivent être organisées, dans les plus courts délais.

Q – Combien de Français restent-ils en Egypte ?

R – Au 31 décembre 2012, il y a très précisément 6284 inscrits sur nos registres consulaires dans ce pays. Je vous rappelle que ce sont des inscriptions sur une base volontaire, sans obligation d’inscription. On estime ainsi qu’il y aurait 500 Français vivant en Egypte mais non-inscrits sur les registres. 95 de nos entreprises sont implantées sur place, surtout dans le secteur des services.

Q – Quelles consignes leur donnez-vous ?

R – Nous leur faisons essentiellement passer deux messages :

– l’un, de prudence et de vigilance, à destination de nos compatriotes qui se trouvent déjà en Egypte. Il leur a notamment été demandé d’éviter les attroupements, les manifestations et les abords des manifestations de façon à ne pas se mettre en danger ;

– l’autre, à destination des Français qui auraient projeté de se rendre en Egypte. Sauf raison impérieuse, tout voyage est pour l’instant déconseillé.

Ces consignes sont actualisées en temps réel en fonction de l’évolution de la situation sur place et de l’évaluation faite par notre ambassade. La dernière mise à jour sur le « conseil aux voyageurs » date du 7 juillet et sur le site de l’ambassade, du 8 juillet.

Q – Est-ce que vous considérez que Kamal Amr est toujours ministre des affaires étrangères ? Il a démissionné il y a une semaine à peu près…

R – Il avait en effet présenté sa démission, qui a été rapportée.

Q – Le gouvernement n’existe plus.

R – Ce qui est en effet important pour l’Egypte, c’est de renouer avec le processus de transition démocratique et de réinstaller des autorités légitimes choisies à l’issue d’élections organisées dans des conditions irréprochables.

Q – Je n’ai pas compris la déclaration « La France prend note… » à propos de la déclaration constitutionnelle. Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce que cette déclaration va dans le sens de ce que vous souhaiteriez ? Si c’est le cas, c’est une réaction minimale…

R – La déclaration constitutionnelle dessine une sortie de l’impasse dans laquelle l’Egypte se trouve aujourd’hui. Elle annonce un référendum et des élections législatives et présidentielles. Elle inscrit dans des échéances une sortie de crise et la poursuite du processus de transition démocratique. C’est la raison pour laquelle nous en prenons acte. Il y a un certain nombre de principes qui nous paraissent essentiels et nous paraissent devoir guider la suite : droits de l’homme, Etat de droit, inclusivité des processus électoraux. Nous nous en tenons à l’énoncé de ces principes essentiels, sans nous ingérer dans les affaires intérieures de l’Egypte.

Q – N’est-ce pas curieux de parler à un ministre démissionnaire des affaires étrangères, Kamal Amr, et de ne pas parler avec Mohamed El-Baradei ?

R – Nous sommes dans une situation extrêmement volatile. Il faut faire en fonction des nécessités du moment et agir de manière très pragmatique, de façon à bien faire passer nos messages et à nous assurer qu’ils sont bien entendus. C’est avec ce souci là en tête, celui d’être pragmatiques, que nous travaillons aujourd’hui.

Q – Que pensez-vous de la chronologie telle qu’elle se dessine actuellement ? Président provisoire, proposition de Constitution, élections dans un délai de six mois. Est-ce la bonne feuille de route ?

R – Il faut que nous regardions tout cela de près. Par exemple, un référendum est annoncé sur des amendements constitutionnels. Il faut voir exactement quelles dispositions seraient visées. Il faut aussi que nous examinions la séquence et sa durée en effet.

Q – Les Américains commencent à débattre, peut-être pour des raisons de politique intérieure, l’aide à l’Égypte ; il y a des appels au Congrès, surtout parmi les républicains, de couper les 1,3 milliards donnés en aide à l’armée égyptienne. Croyez-vous que ce genre de pression est utile ? Quelle est la position française?

R – Il y a deux questions :

– celle à laquelle je ne répondrai pas qui concerne très directement les questions de politique intérieure américaine ;

– s’agissant de la position française, et la même question pourrait être posée s’agissant de l’aide versée par l’Union européenne, il faut que nous regardions tout cela sans nous précipiter : la situation est suffisamment complexe et volatile pour que nous n’ajoutions pas à sa complexité et à sa volatilité.

Q – Est-ce que, parmi les gestes d’apaisement que vous souhaite, vous réclamez la libération de M. Morsi et des autres chefs des Frères musulmans ?

R – Pour éviter que la situation ne dégénère :

– il faut tout d’abord la retenue. Nous en appelons à toutes les parties, tant aux manifestants qui ont le droit de manifester mais ont le devoir de le faire pacifiquement qu’aux forces de l’ordre qui doivent assurer la sécurité et l’ordre public mais en faisant un usage proportionné de la force ;

– il faut deuxièmement dessiner les modalités de sortie de crise : l’organisation du processus démocratique, la poursuite de la transition démocratique, l’organisation des élections, etc. Tout cela doit se faire dans un esprit de dialogue et de rassemblement national ;

– il y a enfin les personnes qui ont été arrêtées. Il faut là encore en revenir aux principes : pas d’arrestations arbitraires et respect des principes fondamentaux, notamment des droits de la défense. Nous entendons par là, s’agissant de M. Mohamed Morsi, le respect dû aux fonctions qu’il a exercées.

Auteur de l’article : Agence-Presse

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