Soudan du Sud : Premier anniversaire de l’indépendance / Une célébration gâchée par les tensions avec le Soudan et de graves violations des droits de l’Homme

PARIS, France, 6 juillet 2012/African Press Organization (APO)/ — Le 9 juillet 2012, le Soudan du Sud célébrera sa première année d’indépendance. La FIDH publie le rapport de sa mission internationale d’enquête intitulé « Le moment d’agir pour la paix et la protection des droits de l’Homme », qui fait état d’une vive inquiétude quant à la situation des droits de l’Homme dans ce pays et recommande l’établissement d’un cadre légal et institutionnel de protection approprié de même que le règlement immédiat et effectif des désaccords qui persistent avec le Soudan voisin.

Les populations civiles sont les premières victimes des différends qui opposent depuis plusieurs mois le Soudan et le Soudan du Sud concernant le statut de la région d’Abyei, la délimitation de la frontière, le soutien allégué aux groupes rebelles agissant au Sud Kordofan/Nil Bleu et au Soudan du Sud ou encore le montant des frais de transit du pétrole du Soudan du Sud vers le Soudan. La dégradation des relations entre les deux États s’est illustrée par des bombardements aériens aveugles, des exécutions sommaires, des déplacements forcés et autres violations graves touchant principalement les populations civiles, lesquelles sont aussi les premières victimes, des deux côtés de la frontière, de la grave crise économique résultant de la fermeture, début 2012, des vannes du pétrole.

@AFP/Adrianne OHANESIAN

« Les affrontements militaires entre le Soudan et le Soudan du Sud qui ont connu un pic d’intensité en mars et avril 2012 autour de la région pétrolifère d’Heglig font craindre l’éclatement d’une guerre de grande ampleur et ses conséquences dramatiques pour les populations civiles si les parties ne parviennent pas à trouver au plus vite un accord durable sur les questions qui les opposent » a déclaré Arnold Tsunga, vice-président de la FIDH.

Alors que viennent de reprendre – sous les auspices du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine sur le Soudan (AUHIP) – les négociations entre les deux États sur le règlement de leurs différends, la FIDH appelle la communauté internationale à envisager dès à présent de prendre des sanctions en cas d’échec de ces négociations dans les délais impartis. Notre organisation rappelle que l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations unies ont fixé au 02 août 2012 la date limite pour la mise en œuvre des dispositions de leur feuille de route de sortie de crise qui prévoit notamment la conclusion d’accords entre les deux parties sur les questions liées à la répartition des revenus du pétrole, à la citoyenneté ou encore au statut d’Abyei.

Le rapport de la FIDH révèle par ailleurs d’autres sources d’importantes violations des droits de l’Homme au Soudan du Sud, comme les graves violences inter-ethniques dans la région de Jonglei (chaque attaque se soldant par un bilan de plusieurs centaines de morts, des viols et destructions de biens), des pratiques néfastes contraires aux droits des femmes, des arrestations et détentions arbitraires et des atteintes à la liberté d’expression.

« Le Soudan du Sud sort de 20 années de guerre contre l’armée soudanaise, une période où la force primait sur le droit et où l’impunité était la règle. Les réflexes de certains éléments des forces de sécurité et d’hommes politiques sont demeurés ceux du maquis. Les pratiques répressives de la gouvernance soudanaise sont restées. L’institution judiciaire est délabrée », a déclaré Mohammed Badawi, expert du Centre africain pour les études sur la justice et la paix (ACJPS), organisation membre de la FIDH.

En conséquence, il est urgent pour le Soudan du Sud de se doter d’un cadre légal et institutionnel de protection des droits de l’Homme. La FIDH appelle notamment les autorités à ratifier dans les plus brefs délais les principales conventions internationales et régionales de protection des droits de l’Homme ; à adopter, à l’issue d’un processus pleinement inclusif, une Constitution garantissant le respect des droits fondamentaux, à adopter des lois (sur la presse, la liberté d’association, notamment) et réformer leur législation (comme son code pénal et son code de procédure pénale); à renforcer les capacités d’influence des directions et commissions en charge des droits de l’Homme au sein des ministères et du Parlement ; à renforcer les moyens humains et financiers de la Commission nationale des droits de l’Homme ; à prendre toutes les mesures nécessaires pour un système judiciaire efficient qui a la confiance de la population.

« Sans un cadre légal et institutionnel de protection des droits, les engagements des autorités en faveur des libertés fondamentales seront vides de sens. Il y a urgence de traiter cette question si le pays veut réussir sa transition vers un État de droit apaisé et respectueux des principes démocratiques », a affirmé Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Auteur de l’article : Agence-Presse

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