Un élevage de poussins. Voilà par où tout commence.
Sa mère lui confie quelques animaux. Il a cinq ans. Son père vient de mourir. Il doit nourrir, protéger, vendre. Il apprend vite. Le travail. La responsabilité. Le réel. Michel Leclercq ne le sait pas encore, mais ces poussins posent les bases d’un groupe qui comptera un jour plus de 90 000 collaborateurs et plusieurs dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires (Source : Décathlon).
De la boucherie à la direction d’Auchan
Nous parlons souvent de parcours « non linéaires ». Celui-ci l’est vraiment.
Michel Leclercq naît en 1938. Il grandit dans la famille Mulliez. Auchan. Phildar. Une grande lignée entrepreneuriale du Nord. Pourtant, il ne démarre pas en haut de l’organigramme.
- Il commence comme boucher chez Auchan.
- Il apprend le terrain. Le client. Les marges.
- Il reste quinze ans.
- Il dirige ensuite la centrale d’achat.
Puis la rupture. À 37 ans, Auchan le licencie. Fait brut. Choc personnel. Moment fondateur.
Beaucoup auraient cherché un poste équivalent ailleurs. Lui choisit autre chose.
1976 : une maison contre une idée
À Englos, près de Lille, il ouvre un magasin dans le premier centre commercial Auchan.
Son pari tient en une phrase simple.
Rendre le sport accessible au plus grand nombre.
Le capital de départ équivaut au prix d’une maison. Gérard Mulliez le soutient. Le risque est réel. L’idée aussi.
Le projet repose sur trois piliers très concrets :
- Un usage avant le produit.
- Un rapport qualité/prix clair.
- Un sport sans élitisme.
Le magasin s’appelle Décathlon.
Le boycott qui change tout
La croissance démarre fort. Puis le mur.
Sport 2000 boycotte l’enseigne. Les grandes marques ferment la porte. Beaucoup y voient une impasse.
Michel Leclercq y voit une occasion.
- Décathlon crée ses propres marques.
- Elle maîtrise la conception.
- Elle ajuste les prix.
- Elle innove plus vite.
Ce choix structure encore le modèle économique aujourd’hui (Source : Les Echos).
Un obstacle partagé devient un moteur collectif. Le schéma va se répéter.
La performance, oui. Mais pour quoi faire ?
Les chiffres impressionnent. Ils ne l’obsèdent pas.
Michel Leclercq le répète dans le podcast Wake Up Call Récession animé par Année Sera Hawks.
La réussite ne se mesure pas au chiffre d’affaires.
Pour lui, l’indicateur clé reste ailleurs. Le bonheur durable des équipes. Celui des clients aussi.
Il distingue clairement deux notions :
- Le plaisir. Court. Instantané.
- Le bonheur. Long. Construit ensemble.
Nous connaissons tous des entreprises très performantes sur le papier. Mais vides de sens. Décathlon a cherché l’inverse.
Générosité et responsabilité : un équilibre exigeant
Leclercq parle d’un principe simple. « Généreux et responsable ».
Concrètement :
- Générosité dans la confiance.
- Générosité dans l’autonomie.
- Responsabilité dans les décisions difficiles.
Oui, cela inclut les licenciements. Il ne les enjolive pas. Il les assume quand l’intérêt collectif l’impose.
Le leadership, selon lui, s’incarne. Le sens se dit. Il ne se feint pas.
Le sens précède les compétences
Sur le recrutement, le message est clair.
Avant le CV, l’accord sur le sens.
Chaque collaborateur doit savoir :
- Pourquoi l’entreprise existe.
- Quel est son périmètre d’action.
- Quels « comment » il peut inventer.
Responsabilité distribuée. Pas de micro-contrôle. Pas de slogans creux.
Il utilise souvent des images concrètes.
La montagne. La navigation. Une cordée avance ensemble. Les tempêtes créent le lien.
Humus : transmettre après 80 ans
À plus de 80 ans, Michel Leclercq ne ralentit pas. Il change de terrain.
Il fonde l’association Humus.
Objectif :
- Aider les dirigeants à redonner du sens.
- Travailler la gouvernance partagée.
- Développer l’intelligence collective.
Il encourage la diversité. Le sage. Le fou. Ensemble. Les tensions fertiles nourrissent la décision.
Il cite souvent des lectures. L’Alchimiste de Paulo Coelho. Des auteurs sur le collectif (Source : entretien podcast).
Une foi discrète. Des actes concrets
Sa foi reste simple. Tournée vers l’action.
Il n’y a pas d’amour. Il n’y a que des actes d’amour.
Il croit en la bonté humaine. En la capacité à coopérer. À se rendre service.
Sa méthode tient en trois points :
- La prudence sans rigidité.
- La confiance vérifiée.
- La fidélité à un objectif tourné vers les autres.
Ce que nous pouvons en tirer
Le parcours de Michel Leclercq ne donne pas de recette magique.
Il rappelle une chose essentielle.
Quand le sens reste clair, les obstacles deviennent des leviers.
C’est ce « pourquoi » qui transforme un licenciement en entreprise. Un boycott en innovation. Un groupe en communauté.
Et si c’était aussi notre prochain chantier ?
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