3000 milliardaires : comment la richesse a changé de nature

Un hectare de terre. Voilà ce qui faisait un grand riche en 1750.
Un portefeuille d’actions. Voilà ce qui construit une fortune aujourd’hui.

Entre les deux, nous avons changé de monde économique plusieurs fois. Nous avons aussi changé de lunettes pour regarder la richesse. Propriété foncière, rente d’État, actions, données, algorithmes. Chaque époque fabrique ses riches. Et ses illusions.

Terre, titres et privilèges : la richesse sous l’Ancien Régime

Un château entouré de champs. Des paysans qui travaillent. Une rente qui tombe chaque année. Nous commençons par là.

Sous l’Ancien Régime, la richesse repose sur la terre et le statut. L’aristocratie vit de rentes foncières et de privilèges accordés par le roi. Le travail manuel dégrade le rang social. Produire n’honore pas. Posséder honore.

  • La noblesse vit des revenus agricoles.
  • Le clergé capte la dîme.
  • L’État vend des charges.

La fortune reste immobile. Elle s’hérite. Elle se défend par le droit et l’épée.

Être riche, c’est ne pas travailler.

Révolutions : quand la bourgeoisie renverse la table

Une étude notariale. Une manufacture. Un prêt. Voilà le nouveau décor.

Les révolutions américaine et française redistribuent les cartes. La bourgeoisie accède au pouvoir politique. Elle confisque les biens du clergé et de la noblesse. Elle sacralise la propriété privée inviolable.

Le 19ᵉ siècle accélère le mouvement.

  • Exode rural massif.
  • Salariat industriel.
  • Banques modernes.
  • Sociétés par actions.

La Banque d’Angleterre structure la finance. La Banque de France naît en 1800. Les bourses organisent l’épargne. Les obligations d’État rassurent (Source : Banque de France).

Le système de l’étalon-or stabilise les monnaies jusqu’en 1914. Les rentiers vivent bien. Le bourgeois remplace le noble. Les titres financiers remplacent la terre.

1914‑1945 : l’euthanasie des rentiers

Un bon du Trésor à 3 %. Une inflation à 7 %. Le calcul tranche.

Le 20ᵉ siècle brise la rente classique. Les guerres mondiales financent l’urgence par la création monétaire. Les États abandonnent l’étalon-or. L’inflation mord.

John Maynard Keynes parle d’« euthanasie des rentiers » en 1936. Le mot choque. Le mécanisme fonctionne.

  • Inflation durable.
  • Impôt sur le revenu.
  • Taux marginaux très élevés.

Aux États‑Unis, l’impôt sur le revenu démarre en 1913. Le taux marginal grimpe jusqu’à 90 % après 1945 (Source : IRS). En France, la même logique s’impose en 1914.

Les rentes fondent. Les États‑providence émergent. Les Trente Glorieuses diffusent la croissance. Les inégalités reculent selon Thomas Piketty, débat inclus (Source : World Inequality Database).

Valeur boursière : la naissance du « net worth »

Une action sidérurgique. Une voie ferrée. Un oléoduc. Du leverage.

La richesse change encore de nature. Elle se mesure désormais en valorisation. Carnegie incarne l’acier. Vanderbilt contrôle le rail. Rockefeller structure le pétrole. J.P. Morgan finance tout.

Ces « Robber Barons » comprennent un point clé : la fortune monte plus vite que le revenu.

Après 1945, la dérégulation financière progresse. Bretton Woods s’effondre en 1971. Les capitaux circulent sans frontière (Source : FMI).

  • 1970 : presque aucun milliardaire recensé.
  • 1987 : 140 milliardaires (Forbes).
  • 2020 : près de 3000, pour 1 400 milliards $ cumulés.

Les grandes crises rappellent le risque : 1907, 1929, 2008. Le cycle frappe fort. Les riches vivent surtout de plus‑values, pas de coupons.

Héritiers contre entrepreneurs : fracture géographique

Une holding familiale à Paris. Une start‑up à San Francisco. Deux logiques.

L’Europe conserve un capitalisme d’héritiers. Environ 50 % des grandes fortunes proviennent de transmissions familiales. Arnault, Pinault, Rothschild illustrent cette continuité (Source : Credit Suisse Global Wealth).

La fiscalité pousse les patrimoines vers la Suisse, Monaco ou le Luxembourg.

Les États‑Unis suivent une autre voie. Moins de 30 % d’héritiers. La tech et la finance dominent. L’imposition réelle reste modérée. La philanthropie d’influence compense en partie. Gates ou Soros structurent des politiques publiques via leurs fondations.

La Chine compte environ 400 milliardaires self‑made, souvent liés à l’État. Beaucoup externalisent leurs actifs. La Russie concentre des fortunes issues des privatisations. Les pétromonarchies accumulent des rentes via leurs fonds souverains : QIA, ADIA (Source : SWF Institute).

Taux à 5 % et rentes numériques : un retour partiel

Un Treasury américain à 5 %. Un livret qui rapporte. Le rentier revient.

Depuis 2022, la hausse des taux relance une forme de capitalisme rentier. L’inflation grignote encore le pouvoir d’achat. L’arbitrage reste délicat (Source : Federal Reserve).

Les nouvelles rentes ne viennent plus de la pierre seule.

  • Brevets technologiques.
  • Monopoles numériques.
  • Positions dominantes.

Les Big Tech captent des flux récurrents. Elles contrôlent des écosystèmes. Elles facturent l’accès.

Vers un monde post‑travail ?

Un data center. Des GPU. Des robots logistiques. Voilà les actifs clés.

L’automatisation progresse. L’IA accélère. Certains économistes évoquent une baisse de la part du travail dans le revenu total, de 60 % à 20 % à long terme (Source : OCDE).

Deux issues se dessinent.

  1. Le capital capte l’essentiel.
  2. L’État redistribue davantage.

Posséder l’infrastructure productive pourrait définir la richesse future : énergie, calcul, données. En parallèle, le Bitcoin propose une rareté numérique. L’IA produit une abondance cognitive.

Nous glissons peut‑être vers un techno‑féodalisme. Le mot gêne. Le débat s’ouvre.

Une chose reste stable. La richesse ne disparaît jamais. Elle change de forme. À nous de comprendre laquelle compte aujourd’hui.


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