40 % des créations d’entreprises à l’arrêt : alerte sur la viabilité

Ouvrir son capital sur un business florissant, voilà l’image que véhiculent les chiffres spectaculaires de la création d’entreprises en France. En apparence, tout va bien : plus d’un million de nouvelles structures ont vu le jour en 2024 (Source : Insee). Un record historique. Pourtant, derrière cet élan entrepreneurial, une donnée cloche : près de 40 % de ces sociétés ne génèrent aucun chiffre d’affaires. Rien. Ni vente, ni service, ni activité. Ce grand décalage interroge : que cache cette effervescence ?

Une vitalité statistique… mais trompeuse

Entre 2009 et 2025, le nombre d’immatriculations mensuelles a littéralement doublé. En août 2025, 102 961 nouvelles entreprises ont été enregistrées. C’est symboliquement fort. C’est aussi inédit depuis vingt ans. Mais, selon l’Insee, sur 8,9 millions d’entreprises en France, seules 5,5 millions sont réellement actives. Autrement dit, 3,4 millions dorment au fond du répertoire Sirene. Ce taux d’inactivité atteint environ 38 %. En pratique, cela signifie que plus d’un tiers des entités ne produisent rien, n’embauchent personne, ne participent pas à l’économie réelle.

Imaginez un terrain de football rempli d’entrepreneurs enthousiastes. Sur 10 joueurs, seuls 6 jouent vraiment. Les autres restent assis sur le banc. Voilà l’image actuelle du paysage entrepreneurial français.

Pourquoi tant d’entreprises sans activité ?

Les causes sont multiples, mais se rejoignent sur un point : l’enthousiasme, sans toujours la préparation. Les politiques publiques ont multiplié les aides à la création : microcrédit, prêts d’honneur, accompagnements Bpifrance, subventions régionales… Ces dispositifs démocratisent l’accès à l’entrepreneuriat. C’est une excellente nouvelle. Mais cette facilité a un effet pervers : elle favorise aussi la multiplication de projets peu viables.

Quand créer devient plus simple que durer, certains franchissent le pas sans réel modèle économique. L’immatriculation devient un acte symbolique : une tentative, une expérience, parfois une parenthèse dans une carrière salariée. Et souvent, faute d’activité profitable ou d’énergie à consacrer, ces entreprises s’éteignent après quelques mois.

Paroles de terrain : les débuts trop rapides

Lors d’un atelier d’entrepreneurs que j’ai animé à Lyon, une participante m’a raconté son parcours. Elle avait ouvert sa microentreprise dans la vente de bijoux faits main. Elle adorait créer. Elle a lancé sa boutique en ligne, enregistré son activité, créé sa page Instagram. Et puis le quotidien a repris le dessus : peu de clients, pas de site bien référencé, des marges faibles. En un an, elle a cessé d’émettre des factures. L’entreprise existe encore sur le papier, mais plus dans la réalité. Elle fait partie de ces 40 % d’inactives.

Ce cas n’a rien d’isolé. Il résume une problématique nationale : beaucoup de fondateurs se lancent par passion, sans validation de marché ni stratégie de croissance. Le rêve remplace parfois l’étude de faisabilité.

Autoentrepreneuriat : un tremplin à double tranchant

Le régime de la microentreprise a joué un rôle majeur dans cette croissance d’immatriculations. Facile à créer, facile à fermer, il attire chaque année des dizaines de milliers de Français. Le revers : ce modèle favorise une vision temporaire de l’entrepreneuriat. Beaucoup tentent une activité à côté d’un emploi ou d’études. Peu s’installent durablement. Ces créations « éphémères » boostent les statistiques, mais pas la production nationale.

Ce constat ne remet pas en cause la valeur du dispositif, bien au contraire. L’autoentrepreneuriat reste une porte d’entrée formidable. Mais il ne suffit pas à lui seul à créer un tissu économique solide. Ce tremplin doit s’accompagner d’une logique de développement : formation, accompagnement personnalisé, mentorat.

Les politiques d’aide : levier ou piège ?

La ministre déléguée Véronique Louwagie l’a reconnu récemment : l’État déploie de nombreux dispositifs pour soutenir les jeunes, les femmes, les artisans, les habitants des quartiers prioritaires. Citons : le microcrédit via l’ADIE, les aides de Bpifrance, les fonds pour les tiers-lieux, ou encore les programmes en outre-mer. Ces actions offrent des opportunités réelles. Mais elles posent une question stratégique : faut-il encourager davantage la création ou la consolidation ?

Un entrepreneur que j’ai accompagné il y a deux ans résume bien cette tension : « J’ai eu de l’aide pour lancer ma boîte. Mais après six mois, plus personne ne m’accompagnait pour faire vivre l’activité. » Ce témoignage illustre le cœur du problème : on sait bien créer, on sait moins faire durer.

Et si l’on valorisait la pérennité ?

Nous parlons souvent du nombre de créations, rarement du taux de survie. Pourtant, la qualité de notre économie repose sur des entreprises qui tiennent, pas seulement sur celles qui naissent. Selon plusieurs études de l’Insee, à trois ans, près de la moitié des jeunes entreprises ont disparu du registre actif. Ce chiffre n’est pas une fatalité. Il dépend de la préparation, de l’accompagnement et de l’apprentissage de la gestion.

En tant qu’entrepreneurs, nous avons un levier essentiel : nous former avant, pendant et après la création. Anticiper les charges, tester le marché, construire un plan de communication simple mais efficace. Et surtout, parler à d’autres entrepreneurs. Les contacts, le réseau, les retours d’expérience sont souvent plus utiles qu’une subvention ponctuelle.

Comment rendre son projet viable ?

Voici quelques repères concrets :

  • Trouver un modèle avant un logo : avant de créer une marque, vérifier la rentabilité possible du produit ou service.
  • Poser des objectifs mesurables : combien de clients pour atteindre la rentabilité en six mois ?
  • Suivre les chiffres midi et soir : le chiffre d’affaires, les coûts, la trésorerie. Les tableaux de bord sont vos meilleurs gardiens.
  • Rechercher un mentor : parler à quelqu’un qui a déjà traversé vos doutes accélère la courbe d’apprentissage.
  • Penser long terme : créer un emploi, pas juste un statut administratif.

40 % d’inactives : le signal d’alarme et l’opportunité

Ce taux de 40 % ne doit pas décourager. Il doit servir de repère. Comme un diagnostic sur la santé du tissu économique français. Il montre que la création ne suffit pas, que l’accompagnement est la clé. Derrière chaque entreprise inactive se cache peut-être une idée prometteuse, simplement mal préparée. En replaçant la formation, le suivi et la communauté au cœur du parcours entrepreneurial, nous transformons ce chiffre en levier de progrès.

Créer, c’est bien. Faire vivre son entreprise, c’est encore mieux.

Notre défi collectif est là : transformer les immatriculations en véritables moteurs d’activité. Les 40 % d’entreprises inactives ne sont pas une fatalité ; elles sont une invitation à mieux construire, à mieux accompagner, à mieux durer.

Source : Insee, *Business Times*, Répertoire Sirene (août 2025).


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