L’économie est à genoux et les conditions sécuritaires doivent retourner à la normale

Al Wataniya, Hannibal TV et Nessma TV ont retransmis en direct de la Kasbah, mercredi soir à 20h30, l’interview du Premier Ministre Béji Caïd Essebsi a été menée par Abdelmalek Berrabah (Al Wataniya), Faouzi Jrad (Hannibal TV) et Sofiene Ben Hmida (Nessma TV).

La priorité absolue dans la Tunisie post-révolutionnaire est le rétablissement de la sécurité. L’insécurité ne peut que se répercuter négativement sur l’investissement, l’économie et le tourisme”, a annoncé Mr Béji Caïd Essebsi, premier ministre du gouvernement transitoire.

Béji Caïd Essebsi - Premier Ministre tunisien
Béji Caïd Essebsi - Premier Ministre de la Tunisie

L’amélioration enregistrée au niveau sécuritaire demeure toujours insuffisante”, a-t-il précisé, formant l’espoir d’atteindre des solutions à cet effet dans les plus brefs délais

Mr Caïd Essebsi, a souligné que la persévérance doit être de mise actuellement, précisant que les manifestations, les sit-in et les grèves ne sont plus tolérables et doivent se mettre fin, même si elles se basent sur des revendications légitimes.

Cette donne conjoncturelle doit changer et des mesures fermes seront prises pour y faire face, a-t-il expliqué, poursuivant que le désordre est inacceptable et que le gouvernement provisoire traitera ces questions avec plus d’aptitude et de perspicacité.

En revanche, le premier ministre par intérim a soulevé que le gouvernement transitoire, formé le 6 mars courant, a déjà débuté l’élaboration des programmes nécessaires, tenant en compte les conditions des zones d’ombre qui étaient plutôt, à ses yeux, des “zones d’injustice”, justifiant, dans ce cadre, la promesse du gouvernement à répondre aux attentes du peuple, également, les catégories dépourvues.

Mr Caïd Essebsi a expliqué que le gouvernement a établit des programmes et projets en faveur de ces régions et catégories qui seront déclarés sous peu, précisant que les membres du gouvernement se déplaceront sur les lieux pour mieux faire connaître ces projets.

Le budget de l’Etat sera restructuré pour allouer des fonds supplémentaires au développement régional”, ajoute-t-il, assurant ainsi que le nouveau budget qui sera annoncé en mai prochain attachera la priorité aux régions intérieures.

Mr Caïd Essebsi poursuit, en rappelant que le gouvernement a décidé des incitations importantes cherchant à embaucher près de 20 mille chômeurs dans le secteur public et 20 mille autres dans le secteur privé pour l’année 2011, tout en octroyant une priorité aux diplômés de l’enseignement supérieur.

En réponse à une question relative à la polémique que soulève la composition de l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique, Mr Caïd Essebsi a affirmé que l’extension de cette composition est “un fait indéniable”, dés lors qu’il permettra d’aller de l’avant sur la bonne voie. Par ailleurs, il sera considéré comme étant inacceptable, a-t-il nuancé, au moment où le dessein de ceux qui le revendique s’agit de freiner ce projet, précisant que cette instance est indépendante et qu’il n’est jamais intervenu dans ses travaux et qu’il n’entend pas le faire.

Quant à la possibilité de retarder la date de déroulement des élections de la Constituante, le premier ministre intérimaire a stipulé que la décision prise à cet effet est irrévocable. La date d’organisation de ces élections est “raisonnable” et l’adoption du code électoral est une opération qui ne demande pas une longue durée, étant donné que le projet de ce code est en cours d’élaboration.

Il a fait remarquer que l’instance supérieure pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique n’a effectivement commencé ses travaux que dernièrement, indiquant que toute personne qui essaye d’empêcher le bon déroulement des travaux de l’instance assumera sa pleine et entière responsabilité. Il a, à cet effet, invité toutes les parties à agir avec responsabilité et civisme en cette conjoncture, afin que la révolution puisse réaliser la transition démocratique escomptée sans pour autant être en butte au désordre et à l’échec.

En réponse à une question sur les efforts fournis par le gouvernement transitoire en vue de saisir les biens volés par l’ancien régime, le premier ministre a précisé qu’une loi portant saisie des biens et avoirs du président déchu a été adoptée et qu’une commission d’investigation sur les fonds et avoirs de la Tunisie à l’étranger a été constituée, relevant que la réalisation de cet objectif exige un effort de grand souffle.

Il a assuré que la justice accomplit son devoir dans la pleine et entière autonomie et que toute personne ayant commis des crimes à l’encontre de la Tunisie et de son peuple ou porté atteinte à sa réputation sera poursuivie en justice.

Il a, à ce propos, ajouté que des poursuites judiciaires ont été engagées à l’encontre de plusieurs personnalités, dont en premier lieu, le président déchu Ben Ali, qui a-t-il dit, a commis des crimes graves, déclarant qu’il y a aucune intention de cacher des vérités.

Traitant le sujet de la dissolution du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le Premier ministre a relevé que la justice a annoncé son dernier mot dans cette affaire, indiquant que rien ne s’oppose aux responsables de ce parti d’exercer une activité politique pour une période définie, faisant ainsi allusion aux responsables du RCD qui ont, récemment, formé de nouveaux partis politiques ou adhéré à d’autres formations de la scène nationale.

Répondant à une interrogation sur les raisons de la nomination d’un nouveau ministre à la tête du ministère de l’intérieur, Mr Caïd Essebsi a affirmé que Mr Farhat Rajhi n’a pas été limogé et qu’il se chargera de responsabilités très importantes qui seront révélées très prochainement.

Mr Béji Caïd Essebsi a mis l’accent sur l’obligation de respecter le prestige de l’État, ceci ne signifie guère la violence ou le monopole du pouvoir comme s’il était le cas à l’époque de l’ancien régime, insistant sur la nécessité de faire en sorte que le citoyen respecte l’État et la Loi et que tous tirent les leçons des expériences vécues.

D’autre part, le premier ministre a infirmé un éventuel conflit entre les services de la sécurité intérieure et l’armée nationale, justifiant que le recours à l’armée s’impose en cas de besoin, notamment lors des crises, en l’occurrence les événements de janvier 1978 et les émeutes du pain ou encore lors des événements de Soliman survenus il y a quelques années et au cours desquels, l’armée est intervenue face à l’incapacité des services de sécurité à gérer la situation.

Au sujet de la dérive sécuritaire survenue dans le pays juste après le déclenchement de la révolution, le premier ministre a relevé qu’il s’agit là d’une conséquence logique, dès lors que le peuple était, des années durant, sous la dictature, mettant l’accent, à ce propos, sur l’impérieuse nécessité à faire en sorte que les conditions sécuritaires, économiques et sociales retournent à la normale.

Évoquant la conjoncture économique actuelle, notamment à la lumière de la perte par la Tunisie d’un grand marché comme la Libye à cause de sa présente crise, de la fuite des investisseurs et de l’échec des tentatives de sauver la saison touristique, Mr Caïd Essebsi a souligné que le gouvernement a élaboré un programme à court terme qui, a-t-il estimé, est de nature à “rassurer les tunisiens”.

En réponse à une question sur la position de la Tunisie vis-à-vis des événements en Libye, le Premier ministre intérimaire a indiqué que “cette position prend en considération les intérêts de la Tunisie et répond aux constantes de la politique extérieure du pays dont notamment le respect de la légalité internationale”, précisant que le Conseil de sécurité a pris une décision contraignante à tous les pays membres dont la Tunisie.

Sur un autre plan, il a évoqué le phénomène de l’émigration clandestine et en particulier l’émigration des tunisiens vers l’île italienne Lampedusa, soulignant, à ce propos, l’impérieuse nécessité pour l’Union Européenne d’aider la Tunisie à résoudre ce problème.

Le Premier ministre du gouvernement provisoire a réaffirmé son engagement personnel, ainsi que celui du reste des membres du gouvernement, à ne pas se porter candidat aux prochaines élections. “Nous avons accepté cette mission en réponse à l’appel du devoir et de la conscience en cette étape conjoncturelle”, a-t-il soutenu.

Auteur de l’article : Emna B.

Responsable marketing et ergonomie, passionnée par l'écriture et les nouvelles technologie de l'information et de la communication, j'ai rejoint le navire Tixup.com au cours de sa deuxième année.

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