Quelle est la taille idéal d’un Etat ? En économie : zéro. Explications,

Aujourd’hui, nous explorons la question de la « taille idéale de l’État » à partir de la théorie économique dite de la « courbe de Barro » (ou Armey curve), qui établit un lien non linéaire entre dépenses publiques et croissance. Inspirée principalement des travaux de Robert Barro (école de Chicago), de Dick Armey (homme politique libertarien), de Rati Ram et de Gerald Scully, cette courbe en cloche illustre qu’un certain niveau d’État favorise la croissance, mais qu’au-delà d’un seuil, chaque hausse de la dépense publique freine l’activité économique. Barro démontre que certaines dépenses – infrastructures, éducation de base, sécurité – sont productives, mais qu’une fiscalité excessive finit par décourager investissement et travail.

Ram ouvre la voie en 1986 en mettant en évidence l’effet positif des dépenses publiques dans les pays en développement. Barro formalise ensuite (1990) cette relation dans son modèle de croissance endogène. Scully (1994) cherche à chiffrer la taille optimale du gouvernement, et Armey la popularise (1995) à travers un graphique devenu une référence du libéralisme économique. Selon Barro, l’équilibre optimal se situe entre 20 % et 30 % du PIB, d’où le chiffre souvent repris de 25 %.

De nombreuses études empiriques prolongent ces travaux : Grossman (1987) estime qu’aux États‑Unis, les dépenses publiques en 1983 dépassaient de 87 % le niveau optimal, évalué à 7,5 % du PIB. Peacok‑Pedon (1991) situe la croissance maximale de la productivité entre 17 % et 20 % du PIB contre 35 % observés en 1986. Au Canada, Chao et Grubel (1994) trouvent un optimum de 34 %. Veder et Gala (1998) fixent pour les États‑Unis un maximum à 17,45 % pour le fédéral et 11,42 % pour les collectivités locales, soit environ 28,9 % du PIB global. En Argentine, Resque (2005) estime la taille optimale de l’État à un taux d’imposition moyen de 30 %.

Pour l’Europe, un rapport de la Commission européenne (2008) avance un plafond de 35 % du PIB pour les petites économies ouvertes et 40 % pour les grandes. En France, Fatchen et Melki (2011, Centre d’économie de la Sorbonne) identifient un optimum autour de 30 % sur la période 1871‑2008. Anthony Davies (2009), utilisant l’indice de développement humain sur 154 pays entre 1975 et 2002, obtient un résultat plus bas : 14,7 % du PIB.

L’article souligne toutefois les limites de ces estimations : dépendance forte au contexte historique, culturel et institutionnel ; absence de fondements philosophiques concernant le rôle légitime de l’État ; et impossibilité, selon l’école autrichienne, de considérer l’économie comme science empirique exacte. Le calcul d’un « optimum » fiscal universel apparaît donc illusoire.

Ce qu’il faut retenir, selon l’auteur, n’est pas un chiffre unique mais une logique d’incitations : lorsque l’État devient trop présent, il crée des distorsions et des effets désincitatifs sur la production et l’initiative privée. L’enjeu est de trouver un équilibre où l’action publique soutient la croissance sans l’étouffer. En moyenne, les études convergent autour de 25‑30 % du PIB, alors que la France atteint aujourd’hui près de 57 %. La conclusion distingue trois positions : l’école de Chicago prônant 10 %, les libéraux classiques autour de 25‑30 %, les autrichiens ou minarchistes autour de 0 %.

Sources : Robert Barro (1990), Dick Armey (1995), Rati Ram (1986), Gerald Scully (1994), Philippe Grossman (1987), Edgar Pedon (1991), Johnny Chao & Herbert Grubel (1994), Richard Veder & Lowell Gala (1998), Ernesto Resque (2005), rapport DG Affaires économiques et financières CE (2008), François Fatchen & Michael Melki (2011), Anthony Davies (2009).


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