Un ticket de caisse posé sur la table. Des sacs encore pleins. Une cuisine ordinaire. Voilà le genre d’impact que vous voyez passer sur YouTube aujourd’hui.
Ces vidéos de « retour de courses » attirent des dizaines de milliers de vues. Elles parlent d’argent sans détour. Elles montrent des prix. Elles expliquent des choix. Et surtout, elles redonnent une forme de contrôle à ceux qui regardent.
Un phénomène massif, porté par l’inflation
En octobre, Clémence, alias « Maman Économe », publie une vidéo simple : « Gros retour de courses – Drive Leclerc et Aldi ». Durée : 23 minutes. Montant : 290 euros. Résultat : plus de 30 000 vues et une communauté de 63 000 abonnés.
Elle détaille chaque achat. Elle explique l’usage. Elle montre son carnet de comptes. Rien de sophistiqué. Tout paraît accessible.
Ce format s’inscrit dans une tendance plus large : les « hauls », nés aux États-Unis dès 2007. Entre 2019 et 2020, leurs vues ont bondi de 90 % sur YouTube (Source : YouTube Trends).
Ce succès n’arrive pas par hasard. Les prix augmentent. Les budgets se tendent. Nous cherchons des repères.
Pourquoi ces vidéos parlent autant
Un exemple concret aide à comprendre. 290 euros. Une famille. Une semaine ou plus de repas. Des menus. Des restes. Des astuces de congélation.
Ces vidéos apportent trois choses très concrètes :
- De la pédagogie : comment organiser ses courses, lire ses prix, lisser son budget.
- De la proximité : une cuisine réelle, des enfants qui passent, un quotidien normal.
- De la parole libre : parler d’argent sans gêne.
Clémence explique avoir commencé en 2019 pour lever un tabou. L’argent reste intime. Le montrer demande du courage. Le public le ressent.
Derrière la caméra : un vrai travail
Ces vidéos donnent une impression de simplicité. La réalité diffère.
Pour une seule publication, il faut :
- Préparer les courses.
- Filmer chaque produit.
- Expliquer calmement.
- Monter la vidéo.
Clémence évoque 2 à 4 heures de travail par vidéo. Les marques ne paient pas directement. La plateforme rémunère via la publicité. Montant : quelques centaines d’euros quand la vidéo fonctionne.
Pour les enseignes, l’effet reste puissant. Une exposition répétée. Une recommandation implicite. Un coût nul.
Montrer son budget, un acte de pouvoir
Nous parlons souvent de pouvoir d’achat. Nous oublions un mot. Pouvoir.
Montrer son budget, c’est :
- Assumer ses choix.
- Comparer sans honte.
- Dire non à certains produits.
Ces vidéos expriment une réappropriation. Face à la grande distribution, face aux industriels, face au discours marketing.
Les sociologues parlent de « pouvoir retrouvé » (Source : Le Dessous des Images, reportage de Sandie Dubois).
Une communauté qui s’entraide
Sous les vidéos, les commentaires prolongent l’expérience.
« Chez moi aussi, ce produit a augmenté. »
« Astuce testée, ça marche. »
« Merci, je me sens moins seule. »
Nous voyons naître une communauté de pratique. Les abonnés échangent des bons plans. Ils partagent des doutes. Ils racontent leurs contraintes.
Cette entraide rappelle un modèle ancien. Téléachat dans les années 1980. Réunions Tupperware dans les salons. La différence vient de l’échelle. Le numérique amplifie tout.
Consommation en niches : une nouvelle réalité
Ces formats évoluent. Ils se spécialisent.
- Familles nombreuses.
- Sans gluten.
- Minimalistes.
- Budgets étudiants.
Les chercheurs parlent de « démoyennisation » de la consommation. Chacun cherche des solutions adaptées à son mode de vie. Plus personne ne consomme de façon uniforme.
Ces vidéos deviennent des analyseurs de notre époque. Elles montrent nos tensions. Elles révèlent nos arbitrages.
Les limites à garder en tête
Tout n’apporte pas que des bénéfices.
Ces contenus peuvent :
- Favoriser une publicité déguisée.
- Encourager l’achat par imitation.
- Renforcer certaines marques.
La boucle du système consumériste se referme parfois. Même sous couvert d’économies.
En réaction, d’autres formats apparaissent. Les « No Buy Challenge ». Une règle claire. Ne rien acheter pendant un mois, parfois plus.
Objectifs :
- Faire des économies.
- Respirer mentalement.
- Refuser l’hyperconsommation.
Ce que nous pouvons retenir, concrètement
Nous n’avons pas besoin de filmer nos courses pour reprendre la main.
Nous pouvons :
- Tenir un carnet de dépenses, même simple.
- Comparer nos prix dans le temps.
- Parler d’argent autour de nous.
Ces vidéos nous rappellent une chose essentielle. La maîtrise commence par la visibilité.
Voir. Comprendre. Choisir. Voilà un vrai chemin vers un pouvoir d’achat plus conscient.
Sources : Reportage de Sandie Dubois pour Le Dessous des Images ; données YouTube Trends (évolution des vues 2019-2020) ; témoignage de Clémence (« Maman Économe »).
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