Un pays balte domine toujours un classement où la France ferme la marche. Ce contraste interroge : comment un modèle simple, cohérent et incitatif peut-il transformer la fiscalité en moteur de croissance ? L’Index 2025 de compétitivité fiscale internationale (Source : Tax Foundation) offre plusieurs pistes.
Estonie : la cohérence avant tout
Depuis douze ans, l’Estonie conserve la première place. Ce n’est pas un hasard. Son système repose sur trois piliers simples :
- Taxer seulement les bénéfices distribués à 22 %
- Un taux unique d’impôt sur le revenu également de 22 %
- Une taxe foncière sur le sol seul, pas sur les bâtiments
Cette architecture épurée permet de neutraliser les arbitrages fiscaux et de favoriser la rétention des profits pour investissement. Un entrepreneur qui réinvestit n’est pas pénalisé. Voilà une règle que beaucoup d’économies matures pourraient méditer.
L’autre force du modèle estonien : un régime territorial qui exempte totalement les revenus étrangers. Pas de double imposition, donc plus de clarté pour les entreprises tournées vers l’international.
Les écarts qui se creusent
Au-delà de l’Estonie, la Lettonie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et la Lituanie complètent le top 5. Ces pays partagent une même logique : simplicité, prévisibilité et cohérence. En bas du classement : la France et l’Italie, plombées par une fiscalité du patrimoine lourde et une TVA fragmentée.
Le taux moyen d’impôt sur les sociétés des pays de l’OCDE atteint 24,2 %. Mais les disparités sont fortes : Hongrie (9 %), Irlande (12,5 %) et Lituanie (15 %) démontrent qu’un faible taux peut s’allier à une forte attractivité. À l’inverse, une surtaxe ou une complexité excessive dégrade la compétitivité. La France, avec un taux combiné de 36,1 %, illustre ce déséquilibre.
Le Canada, en revanche, illustre une dynamique inverse. Après la suppression de sa taxe sur les services numériques et le maintien du taux de plus-values, il remonte à la 13ᵉ place. Un signal fort : la stabilité et la cohérence paient davantage que l’ingéniosité normative.
La neutralité, l’atout caché
La neutralité fiscale est souvent sous-estimée. Pourtant, un système neutre limite les distorsions entre types d’investissements. Sur ce point, les incitations R&D ou les régimes de « boîtes à brevets » pèsent parfois négativement, car elles créent des biais sectoriels. La subvention implicite moyenne liée à la R&D atteint 15,4 %. Elle stimule l’innovation, mais dégrade la neutralité.
Vingt-deux pays autorisent un report illimité des pertes. L’Estonie et la Lettonie vont plus loin : elles permettent un report arrière illimité. Cette souplesse améliore la résilience des entreprises, notamment en période de crise.
Quand les taxes deviennent comportementales
Douze pays maintiennent une taxe sur les services numériques. Ces dispositifs, souvent adoptés sous pression politique, sont pénalisés pour leur non-neutralité. En clair, ils ciblent des acteurs spécifiques plutôt qu’une assiette générale ; un choix qui contredit la logique d’égalité de traitement.
Les taxes foncières représentent également une fracture notable. Le Royaume-Uni taxe 2,6 % du stock de capital immobilier ; les États-Unis 1,8 %. Treize pays restent sous 0,1 %. L’Estonie et l’Australie se distinguent de nouveau : seules elles taxent le sol, pas les constructions. Cette approche encourage une utilisation efficiente du foncier tout en préservant l’investissement immobilier.
Fiscalité du travail : l’autre terrain de jeu
L’impôt sur le revenu reste le cœur du débat. Le taux marginal le plus élevé atteint 67,5 % en Slovénie contre 21,6 % en Estonie. La Hongrie pratique un taux unique de 15 %. Surtout, elle obtient un ratio d’efficience travail (marginal/moyen) égal à 1 : un salarié supplémentaire coûte exactement autant qu’en moyenne. Peu de pays peuvent en dire autant.
À l’autre bout du spectre, Israël affiche un ratio de 1,7, signe d’un système où chaque heure supplémentaire est plus lourdement taxée. Ce déséquilibre peut décourager le travail additionnel ou le cumul d’activités.
Le prélèvement sur les dividendes illustre aussi ces écarts. En moyenne : 24,7 %. L’Irlande détient le record (51 %). L’Estonie et la Lettonie, encore elles, taxent à zéro. Cette cohérence entre fiscalité des sociétés et des dividendes évite la double imposition.
Consommation : entre efficacité et visibilité
Une TVA solide et lisible reste un pilier de tout système moderne. La moyenne se situe à 19,4 %. La Hongrie grimpe à 27 %, les États-Unis tournent autour de 7,5 % en moyenne. Mais le vrai indicateur de performance, c’est la largeur de la base taxable : la Nouvelle-Zélande atteint un très haut niveau (VRR ≈ 0,96), signe de peu d’exemptions. Le Luxembourg (0,82) et la Corée (0,70) suivent. Le Mexique (0,35) et les États-Unis (0,36) restent en bas de tableau.
Autrement dit : moins d’exonérations, plus de stabilité. Une base large et un taux clair valent mieux qu’une mosaïque de niches sectorielles qui ajouterait opacité et coûts administratifs.
Transfrontalier : la boussole des flux
La fiscalité des flux internationaux reste un baromètre de l’ouverture économique. Vingt-sept pays exemptent totalement les dividendes étrangers ; vingt-cinq font de même pour les plus-values. Ce choix favorise la mobilité du capital. À l’inverse, les retenues à la source de 35 % (Chili et Suisse) freinent les échanges.
Le Royaume-Uni conserve le réseau de traités le plus complet (131 conventions). Le Costa Rica n’en compte que quatre. Ces réseaux protègent contre la double imposition et réduisent le risque juridique pour les investisseurs.
Pilier 2 : un tournant
L’adoption des nouvelles règles internationales (Pilier 2) modifie la donne. Vingt-sept pays appliquent la règle d’inclusion des revenus (IIR) et vingt-quatre la règle d’assujettissement insuffisant (UTPR). Ces mécanismes visent à garantir un plancher fiscal mondial mais réduisent la neutralité des systèmes nationaux. En clair : plus d’équité, mais moins de flexibilité.
Leçons pour les décideurs
Ce que montre ce classement, c’est qu’un système fiscal performant tient moins à la générosité des allégements qu’à la cohérence des principes :
- La simplicité soutient la conformité et réduit les coûts administratifs.
- La stabilité renforce la crédibilité des politiques économiques.
- La neutralité évite les arbitrages artificiels entre secteurs.
- La territorialité claire attire les flux internationaux.
En Europe, la France ou l’Italie pourraient s’en inspirer. Le surpoids réglementaire et la dispersion des dispositifs freinent la compétitivité. À l’inverse, l’approche balte prouve qu’un cadre épuré n’exclut pas la redistribution ; il la rend plus efficace.
En conclusion
L’Index 2025 ne se limite pas à un concours de taux. Il raconte la capacité d’un pays à concilier croissance, équité et lisibilité. Et sur ce trio, l’Estonie montre la voie. Un pays de 1,3 million d’habitants qui rappelle une vérité simple : la fiscalité n’est pas qu’une question de niveau d’imposition, c’est un choix de société. Un choix qui, manifestement, porte ses fruits.
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