Les frères musulmans sont tombés en Egypte, et les Frères tunisiens ?

La tension est en train de monter en Tunisie, après le reversement des Frères musulmans en Egypte.
Tout le monde se place, des caciques du régime Bourguiba/Zine El Abidine Ben Ali, comme Béji Caïd Essebsi, au mouvement Khnagtouna/Tamarod qui étrenne une pétition citoyenne qui compterait déjà deux millions de signatures.

Ceci sur fond d’agacement contre les tergiversations sur une constitution, dont la rédaction semble relever de la pire des difficultés, depuis près de deux ans qu’elle se fait attendre, et eu égard au large débordement de la durée impartie pour réaliser cette mission. Plus important, le provisoire et la transition qui l’accompagne et le caractérise s’installe dans la permanence, suscitant de légitimes inquiétudes, qui sont renforcées par la nature des décisions qui sont prises, qui relève de l’engagement à long terme du pays, sans préjudice des manœuvres qui visent à asseoir le pouvoir du parti au pouvoir sur les principales institutions et du comportement de ses partisans à l’égard des libertés publiques.

Alors c’est l’exemple du peuple égyptien qui fait débat dans la société, y compris dans les réactions des Frères qui veulent conjurer le sort. Et pour cause, sans légitimité ils peuvent beaucoup moins prétendre à faire subir aux Tunisiens des politiques foncièrement en contradiction avec les attentes qui ont présidé au renversement de l’ancien régime. Le directeur d’une télévision privée, Tahar Ben Hassine, qui en avait appelé a l’armée pour renverser le pouvoir d’Enahdha (lors de l’assassinat de Chokri Belaïd) est en pointe sur le sujet. Sa chaîne, El Hiwar Ettounsi, lui donne un grand poids sur la scène.

” J’œuvre…depuis un certain temps nuit et jour pour faire tomber ce gouvernement parce qu’il est illégitime “, c’est ce qu’il dit haut et fort, sous le coup d’une plainte en justice des Frères, à travers le président qu’ils ont coopté, Moncef Marzouki. Il s’adosse à une fronde qui ne cesse d’enfler et qui ne tardera, probablement pas, à se cristalliser autour de mots d’ordre sans équivoques pour la destitution du gouvernement en place. La chose aura l’avantage de profiter de la déstabilisation de la Confrérie, jusque dans ses soutiens occidentaux et arabes qui, sentant le vent populaire monter et déçus par les Frères, se tiennent soit dans l’expectative comme les Etats-Unis ou le Qatar en voie de redéploiement de sa fonction régionale, soit ne font plus mystère de leur dégagement du ” printemps “ frériste.

Sans compter l’entrée en scène de l’Arabie des Saoud qui, non seulement, exprime ouvertement sa satisfaction de voir chuter Mohamed Morsi, mais se propose d’apporter une aide de 12 milliards de dollars au nouveau pouvoir égyptien, avec la contribution des Emirats arabes unis (EAU) et du Koweït. De quoi donner des sueurs froides à Rached Ghanouchi et à ses troupes, dont le triomphe par trop chanté, avait fini par donner l’illusion que les Frères allaient tôt ou tard régner de part en part sur le monde dit arabe.

 

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Auteur de l’article : Anas.T

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