Une fac prestigieuse, un plateau télé, puis un hashtag viral. Voilà le trajet type d’une idée qui se pare de morale avant d’atterrir dans la vie réelle. Et là, surprise : l’addition arrive, souvent pour les mêmes.
Dans l’enseignement supérieur, nous voyons ce mécanisme de près. Rob Henderson l’a nommé. Il l’a aussi vécu.
Le concept clé : les « luxury beliefs »
Rob Henderson, écrivain et commentateur américain, parle de « luxury beliefs ». Traduction simple : des opinions morales qui donnent du prestige social à ceux qui les affichent, tout en faisant payer le prix à d’autres.
Le mécanisme n’a rien de nouveau.
- Thorstein Veblen expliquait déjà que les élites se distinguent par des codes visibles (Source : The Theory of the Leisure Class, 1899).
- Pierre Bourdieu parlait de capital culturel pour décrire ces signaux de distinction.
Ce qui change aujourd’hui ? Le statut ne passe plus par la montre ou la voiture. Il passe par la bonne opinion morale. Celle qui rassure. Celle qui fait applaudir lors des dîners universitaires.
Quand la vertu ne coûte rien à ceux qui la prêchent
Henderson donne un exemple précis : « Defund the police ».
L’idée naît dans des cercles universitaires. Elle se diffuse dans les grands médias. Elle devient un signe de progressisme.
Conséquence concrète :
- Réduction des budgets de police dans plusieurs grandes villes américaines.
- Hausse des crimes violents dans les quartiers populaires (Source : données municipales, analyses New York Times).
Les enquêtes citées par Henderson montrent un contraste frappant :
- Les ménages les plus riches soutenaient majoritairement la mesure.
- Les plus modestes s’y opposaient, car ils vivaient avec les effets.
Un garde du corps privé change tout. Une rue moins surveillée change tout aussi.
Pourquoi tant de gens suivent malgré leurs doutes
Henderson ne parle pas d’un complot. Il parle de psychologie sociale.
Il distingue deux groupes :
- 10 à 20 % de croyants idéologiques convaincus.
- 70 à 80 % de suiveurs prudents.
Ces derniers pratiquent ce que l’économiste Timur Kuran appelle la préférence falsifiée. Ils taisent leur désaccord pour éviter l’exclusion (Source : Timur Kuran).
Sur un campus, ce phénomène frappe fort. Un séminaire suffit. Un silence parle.
Universités : le laboratoire des croyances de luxe
Henderson connaît le milieu de l’intérieur. Son parcours frappe par son contraste :
- Enfance en foyer d’accueil.
- Service dans l’US Air Force.
- Études à Yale puis Cambridge.
Il observe une radicalisation idéologique progressive. Pas bruyante. Étouffante.
Même des professeurs titulaires évitent certains sujets. La peur des militants agit comme un plafond invisible. Nous l’avons tous ressenti un jour dans une salle de réunion.
Quitter l’académie pour dire ce que beaucoup taisent
Henderson choisit de partir. Il écrit Troubled: A Memoir of Foster Care, Family, and Social Class.
Il y défend des idées simples :
- Stabilité familiale.
- Responsabilité individuelle.
- Mérite comme boussole.
Le livre rencontre son public. Classements USA Today et Publishers Weekly (Source : USA Today, Publishers Weekly).
Mais pas le New York Times. L’ouvrage disparaît de la liste. The Economist évoque un biais idéologique durable (Source : The Economist).
La morale comme performance sociale
Henderson pointe aussi le rôle des élites économiques et culturelles.
Il cite Mark Andreessen : beaucoup veulent d’abord paraître bons.
Être vu comme moral supplante souvent l’impact réel.
Un concept éclaire cette dynamique : le « virtuous victim ».
Celui qui se présente comme victime gagne du capital moral, même sans action concrète. Cette posture envahit les réseaux sociaux. Elle rassure. Elle évite le risque.
Crise morale et retour du sens
Henderson observe un phénomène intéressant : un retour de la foi et d’une morale structurante.
Après des décennies de relativisme, des indicateurs alertent :
- Hausse des suicides.
- Explosion de la dépression chez les jeunes (Source : CDC, statistiques de santé publique).
Le discours moral politisé a laissé un vide. Beaucoup cherchent désormais des repères clairs.
Intégration : dire ce qui dérange
Sur l’intégration des jeunes immigrés, Henderson choque certains cercles académique.
Il prône une socialisation exigeante. Parfois de type militaire.
Son raisonnement reste pragmatique : canaliser l’énergie, transmettre des règles, créer un cadre collectif. Theodore Dalrymple l’observait déjà dans Life at the Bottom.
Quel avenir pour l’enseignement supérieur ?
Le diagnostic tombe : les universités traditionnelles souffrent d’un mal institutionnel profond.
Henderson ne prêche pas la table rase. Il propose une stratégie двой:
- Créer de nouvelles structures, comme l’Université d’Austin.
- Réformer les anciennes par la pression des donateurs et des pouvoirs publics.
Dans l’enseignement supérieur, nous avons un choix. Continuer le théâtre moral. Ou reconnecter nos idées à leurs effets réels.
Les croyances gratuites séduisent. Les idées responsables transforment durablement. À nous de choisir ce que nous voulons vraiment transmettre.
En savoir plus sur Tixup.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
