Une facture de restaurant. Voilà l’image la plus simple. Vous discutez d’un supplément à 2 €, alors que l’addition affiche 200 €. Le débat s’échauffe. Le rapport d’échelle disparaît. Nous vivons exactement cela avec la taxe Zucman sur les plus-values latentes.
Une taxe séduisante. Un impact budgétaire limité.
La proposition Zucman promet 15 à 25 milliards d’euros de recettes. Le chiffre impressionne. Puis nous le plaçons face aux 1 670 milliards d’euros de dépenses publiques françaises en 2024 (Source : données budgétaires 2024).
Le résultat tombe vite.
Cette taxe resterait marginale à l’échelle de l’État. Elle financerait quelques politiques ciblées. Elle ne transformerait pas l’architecture budgétaire.
Nous pouvons l’aimer ou la critiquer. Nous devons d’abord la mesurer.
La redistribution existe déjà. Massivement.
Les chiffres dérangent parfois le récit politique. Regardons-les.
En 2019, la redistribution nationale atteignait 500 milliards d’euros. Un quart du revenu national (Source : Insee).
- Avant redistribution, les ménages les plus aisés disposaient d’un revenu 18 fois supérieur aux plus modestes.
- Après impôts et transferts sociaux, l’écart tombait à 1 à 3.
Le débat public oublie souvent cette correction. Pourtant, elle structure la société française.
Nous ne parlons pas de retouches. Nous parlons d’un nivellement profond des écarts initiaux.
Fiscalité réelle : ce que paient vraiment les plus riches
Un relevé bancaire ne ment pas. Le slogan, lui, peut mentir.
L’Institut des politiques publiques calcule les taux d’imposition effectifs :
- 46 % au seuil des 0,1 % les plus riches.
- 36 % pour les 0,0002 %.
Un détail change la lecture. Quand nous réintégrons les bénéfices non distribués, donc non réalisés, le taux tombe à 26 %.
Nous parlons ici d’un choix méthodologique. Taxer un revenu réalisé. Ou taxer une richesse virtuelle, soumise aux marchés.
La Déclaration de 1789 parle d’une contribution répartie selon les facultés. Elle parle de simplicité. Elle ne parle pas de fiscalité comportementale complexe.
Fortunes françaises : attention aux comparaisons trompeuses
*Challenges* évalue la richesse des 500 premières fortunes françaises à 1 128 Md€. Le classement montre un recul de 100 Md€ après huit années de hausse (Source : Challenges).
Ce chiffre circule souvent. La comparaison avec le PIB suit.
Erreur classique.
Comparer un stock de patrimoine à un flux annuel de PIB entretient une confusion politique. L’Insee estime le patrimoine total des ménages à 16 590 Md€. Les 500 fortunes représentent 6,8 % de cet ensemble (Source : Insee).
L’Insee ajoute un point clé. Entre 2001 et 2022, le patrimoine brut des ménages est passé de 5,8 à 9,6 années de revenu disponible.
L’enrichissement patrimonial touche large. Le débat se focalise étroit.
Le capital paie plus que le travail
Nous entendons souvent cette phrase : « les ultra-riches paient moins d’impôts que le Français moyen ».
Les données contredisent cette idée.
En 2020, la France prélevait 4,4 % du PIB sur le patrimoine, contre 2,5 % en moyenne dans l’Union européenne (Source : IREF).
L’IREF chiffre à 122,8 Md€ les impôts sur le patrimoine en 2024, pour 200 Md€ de revenus du capital.
Le taux effectif atteint 61,4 %.
Pour les revenus du travail et de remplacement, le taux tourne autour de 14,7 %. L’imposition du capital ressort 4,17 fois plus élevée, même sans intégrer les cotisations contributives.
Le message reste clair. Le capital supporte déjà une charge lourde.
Entrepreneurs d’abord, rentiers rarement
Un atelier qui tourne. Voilà la réalité concrète des grandes fortunes françaises.
La majorité provient de la création d’entreprise. LVMH emploie 215 000 salariés dans le monde et prévoit 17 700 recrutements en France. Hermès compte 25 185 salariés, dont 15 556 sur le territoire français.
Les dirigeants ne s’enrichissent pas par abstraction. Ils s’enrichissent en vendant des produits désirés.
L’innovation crée la valeur. Le marché la valide. L’emploi suit.
Sur quatre décennies, la part de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté est passée de 40 % à 10 % (Sources : données internationales). Cette dynamique accompagne l’ouverture et l’investissement privé.
Un rappel utile. Les patrimoines en actions fluctuent. La Bourse monte. Elle descend. La richesse affichée reste fragile.
Le risque politique du bouc émissaire
Quand le débat se crispe, la tentation surgit. Désigner un responsable unique.
Punir fiscalement la réussite peut freiner l’investissement. L’emploi suit souvent le même chemin.
L’État investisseur agit avec des contraintes différentes. Les résultats montrent souvent une efficacité plus faible.
« Le rôle d’un gouvernement équilibré consiste à protéger les riches de l’envie et les pauvres de l’oppression. » — Lord Acton
Nous gagnons à sortir de la caricature. Nous gagnons à raisonner en proportions. La justice fiscale commence par la clarté.
Sources : Insee (Revenus et patrimoine des ménages 2024), Institut des politiques publiques, IREF, Challenges (classement des fortunes), données fiscales 2024, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.
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