Un investisseur régulier qui automatise son épargne, un autre qui vend tout à la première baisse. Même marché, deux destins opposés. Ce contraste illustre ce que Ben Felix et plusieurs figures de la finance rappellent : la performance ne repose pas sur la prédiction, mais sur la discipline. Voici le Top 5 des principes d’investissement qui résistent au temps, inspiré des enseignements de Graham, Templeton, Fama, Bogle, Markowitz… et d’une bonne dose de bon sens.
1. Se payer d’abord : la clé pour construire son indépendance
Avant toute optimisation, il y a une habitude simple : épargner avant de dépenser. Ce n’est pas seulement une question de calcul, c’est une question de priorité. En automatisant ses versements vers un compte d’investissement ou un plan retraite, on transforme une intention en action durable. Ben Felix conseille de viser environ 10 % de son revenu comme point de départ, moins au début, plus avec les années.
Pourquoi cela fonctionne ? Parce que vous neutralisez l’un de vos plus grands ennemis : la tentation du quotidien. Quand le virement vers l’investissement est automatique, vous n’y pensez plus. Vous bâtissez en silence. Et c’est ce silence qui, année après année, fait la différence.
- Astuce concrète : placer le virement automatique juste après le salaire. Ce qui reste sur le compte courant devient votre vrai budget de consommation.
- Outil utile : la plupart des banques en ligne permettent maintenant des programmations d’investissement mensuelles sans frais supplémentaires.
2. L’investisseur contre ses émotions
Benjamin Graham le rappelait : « le principal ennemi de l’investisseur est lui-même ». Autrement dit, la peur et l’euphorie coûtent plus cher que les crises elles-mêmes. Nous paniquons quand le marché baisse. Nous exagérons quand il monte. Or, selon Peter Lynch, le coût de la peur dépasse celui des chutes réelles. C’est la vente précipitée qui détruit le rendement, pas la volatilité.
John Templeton avait une autre formule marquante : « Cette fois, c’est différent ». Trois mots piégeurs. On les a entendus pendant la bulle internet, pendant la flambée du Bitcoin ou encore lors de la mode des ETF thématiques. Ils précèdent souvent une correction. Pourquoi ? Parce qu’ils masquent la croyance que les règles du jeu auraient changé. Elles ne changent pas. Les marchés baissent pour des raisons toujours jugées “sans précédent”, mais les fondamentaux restent les mêmes : à long terme, la croissance économique réapparaît.
- Conseil pratique : préparez-vous mentalement à une baisse de 20 % ou 30 % de vos placements. Ceux qui y pensent à froid réagissent mieux à chaud.
- Outil mental : relisez vos motivations d’investissement pendant les périodes de turbulence. Cela maintient la cohérence, même quand l’émotion monte.
3. Rester fidèle à sa stratégie
David Booth (Dimensional Fund Advisors) l’explique simplement : mieux vaut une philosophie d’investissement constante qu’une quête sans fin du modèle parfait. Changer de méthode à chaque cycle, c’est courir après un mirage. Même une approche imparfaite (par exemple, une stratégie axée sur les dividendes) devient efficace si elle maintient votre discipline dans la durée.
Regardons le cas d’un investisseur qui, en 2020, a abandonné un simple portefeuille indiciel pour se précipiter sur l’ETF ARKK quand la technologie flambait. Deux ans plus tard, il avait divisé sa mise par deux. Ceux qui sont restés sur leur stratégie initiale, plus modeste mais constante, ont en réalité mieux performé. La constance est une forme d’avantage concurrentiel.
- Astuce concrète : écrivez noir sur blanc votre « déclaration d’investisseur » : horizon, objectifs, tolérance au risque. Cela sert de contrat avec vous-même.
- Point de vigilance : soyez cohérent. Ne mélangez pas des stratégies contraires (par exemple “tout revenu” et “tout croissance”). Elles tirent dans des directions opposées.
4. Diversifier pour durer
Eugene Fama conseille de partir d’un portefeuille mondial : environ 45 % d’actions cotées, 21 % d’obligations souveraines, 9 % d’obligations d’entreprises, et le reste en actifs diversifiés comme l’immobilier. Ce n’est pas une formule magique, mais une référence structurante. Chaque ajustement doit être documenté : âge, fiscalité, horizon, frais.
Harry Markowitz a résumé l’idée d’une phrase célèbre : la diversification est le seul vrai repas gratuit de la finance. Elle permet d’obtenir un meilleur couple rendement/risque sans tomber dans la spéculation. C’est une forme d’assurance contre l’incertain. Elroy Dimson rappelle que le risque, c’est tout ce qu’on n’a pas prévu. Or, nous ne pouvons pas tout prévoir. Accepter cela, c’est rendre son portefeuille plus robuste.
- Illustration : un portefeuille réparti sur 5 zones géographiques et 3 classes d’actifs résiste mieux qu’un portefeuille 100 % local.
- Conseil utile : rééquilibrez une fois par an. Cela vous oblige à vendre un peu ce qui a trop monté et à renforcer ce qui a baissé.
5. Se méfier des certitudes et des frais
Charles Ellis redéfinit le risque : ce n’est pas la volatilité, c’est ne pas avoir l’argent nécessaire quand on en a besoin. Morgan Housel ajoute : la volatilité est le prix à payer pour des rendements supérieurs. Ceux qui refusent la volatilité finissent souvent par manquer d’épargne au moment critique.
John Bogle, fondateur de Vanguard, l’a démontré arithmétiquement avec Bill Sharpe : les fonds actifs surperforment rarement une fois les frais déduits. Sur le long terme, l’investisseur collectif obtient le rendement du marché diminué des coûts. Ces coûts se cumulent comme des intérêts composés… à l’envers. Un fonds à 2 % de frais annuels réduit de 30 % la richesse finale sur 30 ans (Source : Morningstar).
- Règle d’or : chaque euro de frais est un euro de rendement en moins. Alors négociez, comparez, questionnez.
- Test simple : pouvez-vous expliquer à un proche la stratégie d’un produit ? Si non, n’y allez pas. Sinon, comme dit John Cochrane : vous serez « au menu » plutôt qu’« à la table ».
Conclusion : humilité et constance, les vrais leviers de la réussite
Mark Twain écrivait que ce qui cause le plus de pertes, c’est ce que nous croyons sûr… mais qui est faux. C’est pourquoi tout investisseur devrait cultiver deux qualités : l’humilité et la discipline. L’humilité d’admettre que nous ne savons pas tout, et la discipline de continuer à épargner, à investir régulièrement, à diversifier.
En somme :
- Épargnons avant de dépenser.
- Gardons la tête froide face à la volatilité.
- Restons fidèles à une stratégie compréhensible.
- Diversifions largement, sans chercher le “coup parfait”.
- Minimisons les frais, maximisons le temps.
La recette paraît simple. Elle demande pourtant une force rare : celle de la constance. Ce n’est pas en courant après le prochain miracle que l’on construit un patrimoine solide. C’est en appliquant, jour après jour, ces cinq principes. Rien de spectaculaire. Juste efficace, durable et rationnel.
Sources : Ben Felix (PWL Capital), Ben Graham, John Templeton, Jeremy Siegel, David Booth, Peter Lynch, Eugene Fama, Charles Ellis, Morgan Housel, Elroy Dimson, John Cochrane, John Bogle, Bill Sharpe, Harry Markowitz, Mark Twain.
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