En mars 2020, pendant que les marchés s’écroulaient, Bill Ackman gagnait 2,6 milliards $. Son secret ? Parier sur la peur, puis racheter des bijoux sous la poussière. Peu d’investisseurs ont su transformer la panique en levier aussi spectaculaire. Cet épisode illustre une idée simple : le meilleur moment pour investir, c’est celui où tout le monde doute.
Quand la panique efface la raison
Chaque krach raconte la même histoire. En 1907, 1929, 2008 ou 2020, la peur balaie toute logique. Les investisseurs liquident sans discernement. Les prix chutent sous leur valeur réelle. Ceux qui gardent leur sang-froid récoltent les fruits du rebond. Après la crise de 2008, le S&P 500 a bondi de 150 % en 18 mois. Après 2020, le même indice a récupéré +60 % en un an (Source : Bloomberg).
Bill Ackman a compris cette mécanique. En pleine tourmente du Covid‑19, il engage 27 millions $ sur des protections de crédit (des CDS). Le marché plonge. Sa position explose à 2,6 milliards en moins d’un mois. Il encaisse, puis réinvestit immédiatement : Hilton, Lowe’s, Chipotle. Trois entreprises solides, leaders dans leur secteur, temporairement dévalorisées. Quelques mois plus tard, leurs cours s’envolent. La stratégie fonctionne.
Une philosophie offensive
Ackman répète depuis des années la même formule : préparation, courage et patience. Son approche repose sur trois piliers :
- Conserver du capital disponible en attente d’opportunités ;
- Identifier à l’avance des entreprises d’une qualité exceptionnelle ;
- Agir vite quand les marchés s’effondrent.
Il ne s’agit pas de prévoir la prochaine crise. Elle arrivera, c’est tout. L’enjeu est d’être prêt. Quand la panique revient, il faut avoir la liste et la liquidité prêtes. Car attendre la fin de la tempête revient à rater le meilleur moment d’entrée.
Les marques qui survivent à tout
Bill Ackman distingue ce qu’il appelle les entreprises durables : celles qu’il serait presque impossible de remplacer. Leur capital n’est pas seulement financier. Il repose sur la confiance, la taille et les effets de réseau.
Quelques exemples :
- Amazon : un maillage logistique et une clientèle mondiale qui lui assurent des milliards de transactions quotidiennes.
- Costco : un modèle d’adhésion qui crée de la fidélité et une trésorerie récurrente, même dans les récessions.
- Hilton : un portefeuille de marques difficile à reproduire, qui capte la reprise dès la réouverture des frontières.
- Universal Music : un contenu irremplaçable dans un monde où la musique se consomme en continu.
- Uber : un avantage d’échelle et un réseau mondial de conducteurs impossible à dupliquer à court terme.
À l’inverse, les sociétés dépendantes d’une seule technologie, facilement copiables, manquent de protection concurrentielle. Un brevet expire. Une position dominante bien gérée, elle, se renforce avec le temps.
Un héritage de crises profitables
Le portefeuille d’Ackman en 2020 doit sa force à ces critères : solidité financière, marque forte et capacité à passer à l’offensive pendant la crise. Ce n’est pas une posture de spéculateur, c’est une méthode d’entrepreneur. Elle part du principe que seule une entreprise bien capitalisée peut investir quand tout se contracte.
Un exemple marquant : General Growth Properties. En 2009, Pershing Square rachète cette foncière en faillite pour 60 millions $. Après redressement et reprise du marché immobilier, la position rapporte 1,6 milliard $. ×26 sur un seul dossier (Source : Pershing Square Capital Management). C’est la preuve qu’une seule crise bien utilisée peut changer la trajectoire d’un patrimoine.
La leçon pour l’investisseur individuel
Nous n’avons pas tous les équipes d’Ackman. Mais la logique reste la même. Préparer, observer, agir. Trois mots. Concrets.
Voici une méthode simple pour adapter cette approche :
- 1. Constituez une réserve de liquidités : 10 % à 20 % de votre portefeuille. C’est votre poudre sèche, à ne pas entamer avant les vrais épisodes de panique.
- 2. Faites votre liste d’entreprises : sélectionnez 5 à 10 valeurs à fort avantage concurrentiel (« moat »). Étudiez leurs comptes, leur position sur le marché, leur capacité à investir en crise.
- 3. Surveillez les signaux de peur : volatilité extrême, ventes paniques, discours médiatiques alarmistes. Quand tout le monde fuit, vous préparez vos ordres.
- 4. Agissez avec mesure : n’investissez pas tout d’un coup. Achetez par paliers, au rythme de la baisse.
- 5. Gardez le cap : une fois entré, tenez vos positions. Le rebond se prépare alors que la majorité vend encore.
Ces périodes ne se présentent qu’une poignée de fois dans une vie d’investisseur. Les statistiques le confirment : après chaque krach majeur du dernier siècle, le marché a rebondi de plus de 100 % en moyenne dans les 18 mois suivants. Les crises forment les fortunes. Les vendeurs vendent leurs actions. Les acheteurs achètent du temps.
Préparer son courage
Ackman cite souvent Rockefeller et Kennedy : deux familles qui ont bâti leur richesse dans la tourmente. Leur force ? Une vision à long terme et une capacité à agir quand les autres se paralysent. Ce n’est pas qu’une question d’argent, c’est un état d’esprit. L’audace raisonnée.
Vouloir « timer » le marché chaque semaine est une illusion. Mais se préparer à saisir une crise, c’est une discipline. Elle demande de la rigueur et un peu de courage. De la simplicité, aussi. Acheter ce que l’on comprend, quand c’est sous‑valorisé, et garder ce qui construit de la valeur réelle.
Une approche alignée avec Buffett et Klarman
Ce que Ackman appelle « être offensif dans la crise » s’accorde parfaitement avec une autre philosophie : celle de la « marge de sécurité » de Seth Klarman. L’un pousse à l’action. L’autre protège de l’excès de confiance. Ensemble, ils forment une boussole complète pour affronter les marchés incertains :
- Ackman : exploiter les rares moments où tout est en solde ;
- Klarman : acheter avec une marge de sécurité suffisante pour dormir tranquille.
Et au-dessus de cette ligne de conduite, plane la doctrine de Warren Buffett : être avide quand les autres ont peur (Source : Berkshire Hathaway Shareholder Letter).
En conclusion
Les tempêtes de marché ne préviennent jamais. Elles punissent les impatients et récompensent les préparés. La méthode de Bill Ackman rappelle une vérité simple : celui qui garde du capital et de la lucidité pendant la panique récolte ensuite la croissance et la sérénité.
Dans le bruit du court terme, peu d’investisseurs résistent à la peur. Mais pour ceux capables d’acheter quand le risque paraît maximal, la probabilité de gains est historiquement la plus élevée. Les crises ne détruisent pas la valeur. Elles la redistribuent.
Et c’est peut-être là la vraie morale de cette histoire : l’incertitude n’est pas une menace. C’est un rendez‑vous avec l’opportunité.
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