Une ville. Une boulangerie. Et le droit exclusif de vendre du pain. Pas d’autre choix. Le prix grimpe, la qualité stagne, et l’innovation s’endort. Ce scénario, simple en apparence, illustre parfaitement pourquoi le libéralisme authentique rejette tout monopole – qu’il soit public ou privé.
Cette idée n’a rien de nouveau. Adam Smith, le père du libéralisme économique, dénonçait déjà au XVIIIe siècle les privilèges exclusifs accordés à certaines corporations. Pour lui, la richesse d’une nation naît de la concurrence et de la liberté d’entreprendre, pas de la domination d’un acteur unique.
Le libéralisme, ce n’est pas la loi du plus fort
Quand on parle de « marché libre », on pense souvent à un espace où chacun peut se battre à armes égales. Mais que se passe-t-il quand un seul acteur, qu’il s’agisse d’un géant privé ou d’une administration publique, contrôle tout un secteur ? Le marché cesse d’être libre. Il devient captif.
Le libéralisme n’est donc pas une défense du pouvoir économique, mais une défense de la liberté économique. C’est une nuance essentielle. Car un marché dominé — par un monopole public ou privé — détruit justement ce que le libéralisme valorise : la possibilité pour chacun d’innover, d’expérimenter, d’échouer et de recommencer.
Un monopole bloque le mouvement. Or, le marché fonctionne par mouvement : ceux qui innovent avancent, ceux qui stagnent disparaissent. Sans cette dynamique, l’économie perd son oxygène.
Pourquoi les monopoles contredisent Adam Smith
Adam Smith ne voyait pas la main invisible comme une autorisation pour les puissants de s’imposer, mais comme un mécanisme d’équilibre. La concurrence est ce qui maintient le marché en vie. Elle stimule la baisse des prix, la qualité des produits et la créativité des entreprises.
Quand une entreprise ou un État détient un monopole, cette logique s’inverse :
- Les prix ne reflètent plus la réalité des coûts, mais la rente du pouvoir.
- Les consommateurs perdent leur liberté de choix.
- L’innovation recule car le dominant n’a plus besoin de se remettre en question.
Joseph Schumpeter parlait de destruction créatrice : une économie progresse parce que de nouvelles entreprises remplacent les anciennes. Le monopole, au contraire, fige cette évolution. Il bloque le renouvellement et transforme le capitalisme en rente.
Le paradoxe contemporain : défendre le marché tout en soutenant les géants
Regardons autour de nous. Les grandes plateformes numériques — moteurs de recherche, places de marché, réseaux sociaux — concentrent aujourd’hui des parts de marché colossales. Elles définissent les règles du jeu. Elles peuvent fermer un compte, orienter la visibilité d’une entreprise ou capter la quasi-totalité de la publicité en ligne. Dans ces conditions, peut-on encore parler de « marché libre » ?
Ce paradoxe illustre la dérive actuelle : on en appelle au « libre marché », mais on tolère des dominances structurelles. Or, le libéralisme cohérent doit refuser toute position de puissance excessive, qu’elle soit privée ou publique. Il s’agit d’un principe d’équilibre, pas d’idéologie.
Comme le rappelait John Stuart Mill, la liberté ne consiste pas à laisser le fort écraser le faible, mais à garantir à tous la possibilité d’exister dans le jeu économique. Un entrepreneur doit pouvoir proposer une alternative viable, pas se heurter à des barrières infranchissables dressées par les géants.
Comment restaurer la vraie concurrence
Dans l’économie numérique, plusieurs outils existent pour redonner du souffle à la concurrence :
- La portabilité des données : permettre à chacun de transférer facilement ses informations d’un service à un autre. Cela facilite la mobilité des utilisateurs et empêche l’emprise totale d’une plateforme (Source : Commission européenne).
- L’ouverture des places de marché : imposer des conditions transparentes pour accéder à une plateforme de vente, sans favoritisme ni verrouillage.
- La neutralité du net : garantir un accès égal à tous les services en ligne, sans avantage pour les uns ou ralentissement pour les autres.
- La réforme du financement politique : limiter l’influence des grandes entreprises dans la création des règles du jeu économique.
Ces mesures ne visent pas à contraindre le marché, mais à le maintenir réellement libre. Elles prolongent la logique libérale originelle : favoriser la diversité des acteurs, pas la domination.
Monopole d’État, monopole privé : même combat
Le libéralisme n’épargne pas les monopoles publics. Quand un service public devient un bastion fermé, sans concurrence ni évaluation, il peut lui aussi sombrer dans l’inefficacité. Le problème n’est pas la nature de l’acteur, mais la disparition de l’incitation à s’améliorer.
Un établissement public peut très bien fonctionner dans une logique concurrentielle — en coopérant, en innovant, en se comparant aux meilleures pratiques. Ce qui détruit la dynamique, c’est le monopole absolu.
Le vrai enjeu est la vitalité du tissu économique. Un marché, comme un écosystème, doit respirer. Chaque acteur doit pouvoir entrer, sortir, apprendre et se transformer. Dès que tout se fige, la stagnation s’installe. Et avec elle, la perte de créativité collective.
Un libéralisme d’équilibre, pas de domination
Être libéral, ce n’est pas croire que tout se régule « tout seul ». C’est défendre un ordre économique où la liberté appelle la responsabilité. La régulation antimonopole, dans cette perspective, n’est pas une entrave. C’est une condition de survie du marché.
Adam Smith le disait déjà : la main invisible n’existe que si personne ne l’attache. Les monopoles, eux, enroulent des chaînes autour du marché et prétendent ensuite qu’il bouge encore. Il faut parfois un ajustement des règles pour libérer cette main invisible, afin qu’elle agisse à nouveau au service de tous.
En conclusion : redonner du souffle à la liberté économique
Quand une économie s’enferme dans la rente, elle perd la passion du progrès. Et c’est vrai autant pour une grande entreprise que pour un appareil d’État. Le libéralisme véritable pousse au mouvement, à la circulation des idées, des talents, des produits.
Notre responsabilité collective est là : faire vivre la concurrence réelle, celle qui tire vers le haut, qui encourage la prise de risque et l’innovation. Ni la domination d’un conglomérat, ni le monopole d’un service doivent pouvoir étouffer cette respiration.
Libérer le marché, c’est refuser les monopoles. C’est défendre un système où chaque idée, chaque initiative, chaque acteur a sa chance. Non pas pour le profit d’un seul, mais pour la vitalité de tous.
Et parfois, il suffit d’y repenser comme à une boulangerie : si une seule fabrique le pain, plus personne n’a faim d’avenir.
En savoir plus sur Tixup.com
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
