Libération de Gilad Shalit: A qui profite cet échange ?

Le début de l’histoire

Un certain 25 juin 2006, un char de l’armée israélienne est visé par une embuscade à Kerem Shalom, un poste militaire israélien à la lisière de la bande de Gaza. Un commando palestinien, parvenu jusqu’à cette position après avoir creusé un tunnel, lance une grenade dans le blindé. Deux soldats sont tués. Un jeune caporal de 19 ans, Gilad Shalit, installé au poste de commande de tir, sort blessé et est fait prisonnier.

Gilad Shalit
Gilad Shalit

Son enlèvement est revendiqué par un commando de trois groupes armés palestiniens de Gaza : les Brigades Ezzedine Al-Qassam (branche armée du Hamas), les Comités de résistance populaire et un groupe encore inconnu, « l’Armée de l’islam ».

Israël accorde un délai de quarante-huit heures aux Palestiniens pour libérer le soldat et menace d’une opération militaire d’envergure s’ils ne coopèrent pas.

Mettant à exécution ses menaces, Israël lance, dans la nuit du 27 au 28 juin 2006, l’opération « Pluie d’été » qui avait comme objectif, la libération du soldat détenu. Mais l’opération n’atteint pas son objectif affiché : Gilad Shalit reste introuvable. Après cinq mois de frappes aériennes et d’incursions israéliennes, un cessez-le-feu est annoncé le 26 novembre de la même année.

Israël sous pression

Le sort du jeune caporal, largement médiatisé, s’impose comme un symbole fort au sein de la société israélienne, en particulier pour les jeunes israéliens appelés à faire leur service militaire obligatoire. De même, le sort des prisonniers palestiniens retenus par Israël est un sujet sensible dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, où ils sont souvent considérés comme des héros de la cause palestinienne.

L’accord historique

Le Hamas et le premier ministre israélien ont annoncé mardi soir la conclusion d’un accord en Égypte. Le soldat franco-israélien enlevé et détenu depuis plus de cinq ans dans la bande de Gaza, retrouverai sa liberté «dans les prochains jours». En échange, Israël va libérer un total d’un millier de détenus palestiniens. “C’est le meilleur accord que nous puissions conclure dans les circonstances actuelles, au beau milieu de la tempête qui souffle au Moyen-Orient”, a affirmé mardi soir Benyamine Netanyahou.

On glosera sans doute longtemps sur le sens de cet échange historique. Le prix d’une vie humaine, et l’obligation de tout faire pour sauver l’un des siens. L’opiniâtreté, mais aussi le pragmatisme du Hamas, capable de mettre un temps en sourdine fanatisme et kamikazes, pour engranger une indéniable victoire politique.

Prudence et Mesures

Certes, il y a toujours un risque de dérapage qui incite à la prudence jusqu’à la dernière minute: celle où le soldat Shalit sera enfin rentré chez lui, en Israël, celle aussi où les premiers cars de prisonniers palestiniens parviendront en Cisjordanie et à Gaza.

Marouane Barghouti
Marwan Barghouti

Il n’a, en revanche, pas donné de détails sur l’identité des prisonniers palestiniens qui vont être relâchés. Selon les médias, un premier contingent de 450 détenus, dont plusieurs ont été condamnés pour des attentats sanglants, sera libéré la semaine prochaine. Certains ne pourront toutefois pas retourner en Cisjordanie : ils seront expulsés vers la bande de Gaza ou vers l’étranger. Khaled Mechaal, le dirigeant politique du Hamas, a parlé pour sa part de 1027 détenus, dont 27 femmes, qui seront libérés d’ici une semaine ; 315 étaient sous le coup de peines de prison à perpétuité.

Annoncés dans un premier temps comme figurant parmi les libérables, Marouane Barghouti, un important dirigeant du Fatah condamné à cinq peines de prison à perpétuité, et Ahmad Saadat, le chef du Front populaire de libération de la Palestine qui purge une peine de trente ans de prison pour son implication dans l’assassinat en 2001 d’un ministre israélien, ne sont pas concernés, a précisé le directeur du Shin Bet, le service de renseignement israélien.

La négociation et ses acteurs

Il y a en premier lieu le travail acharné des principaux négociateurs, qu’il faut souligner.

Avec, d’un côté, le chef de la branche armée du Hamas, Ahmed al-Jabari, de l’autre, l’ancien directeur adjoint du Mossad, David Meidan qui ont négocié sans se parler directement officieusement. Le rôle d’intermédiaire a été tenu par le général Mourad Mouwafi, chef des services secrets égyptiens qui avait pris la suite du général Souleiman, l’ancien homme fort du régime de Moubarak. Et les deux parties ont bénéficié de l’expérience de Gerhardt Konrad, l’expert des services de renseignement allemands (BND) qui avait déjà mis au point l’échange de 2008, entre Israël et le Hezbollah.

Des raisons politiques ?

Il y aussi les principales raisons politiques qui ont favorisé l’accord. De plus, entre la pression internationale sur l’urgence d’une reprise de la négociation avec les Palestiniens, et la colère des « indignés » israéliens qui lui reprochent son indifférence à l’égard de la jeunesse et des plus démunis, Benyamine Netanyahou a tout intérêt à redorer son image en devenant le sauveur de Gilad, malgré l’opposition farouche d’une partie de sa coalition gouvernementale pour des raisons de sécurité.

Si les bandes de l’accord seraient respectées, cet arrangement devrait mettre fin à l’un des épisodes les plus longs de l’affrontement entre le Hamas et Israël. Il devrait également renforcer l’aura du Hamas, marginalisé par l’offensive de l’Autorité palestinienne devant l’ONU qui l’avait réduit au rang de spectateur.

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Auteur de l’article : Farouk Touzi

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