Navi Pillay avertit que la violence en République centrafricaine pourrait devenir hors de contrôle
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GENEVE, Suisse, 8 novembre 2013/African Press Organization (APO)/ -- La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Navi Pillay, a lancé vendredi une mise en garde contre un cycle d'attaques et de représailles violentes qui risque d'entraîner la République centrafricaine dans un nouveau conflit.

Le 26 octobre, des milices d'auto-défense, aussi connues sous le nom d'anti-Balaka, ont attaqué et occupé Bouar, une ville située dans l'ouest du pays, le long de la route menant au Cameroun voisin. Cette attaque a conduit à des affrontements avec les forces des ex-Séléka qui ont fait au moins 20 morts parmi les civils. Un enseignant a été tué par les forces des ex-Séléka, qui ont roulé à plusieurs reprises avec un véhicule sur son corps en raison de son soutien supposé aux milices anti-Balaka. Au moins 10 000 personnes ont été déplacées par les combats dans la ville de Bouar et ses environs.

« Je suis profondément choquée par les meurtres et violations des droits de l'homme qui sont commis en République centrafricaine », a déclaré Navi Pillay. « Les derniers affrontements entre les forces des ex-Séléka et divers groupes d'auto-défense sont extrêmement préoccupants. Ces incidents violents ont exacerbé les tensions entre les communautés et engendré des divisions sur des bases religieuses ou sectaires. Ils pourraient conduire à une plus grande déstabilisation du pays. »

« Les diverses communautés ethniques et religieuses de ce pays vivent ensemble depuis des décennies. Cette escalade de violence et de haine doit être stoppée avant qu'elle ne devienne hors de contrôle », a ajouté la Haut-Commissaire.

La Haut-Commissaire a déclaré que les rapports récents faisant état d'un massacre, principalement de femmes et d'enfants, dans un village près de Bouar le 26 octobre reflétaient le niveau de violence qui prévaut actuellement en République centrafricaine et le manque absolu de considération pour la vie humaine dont font preuve les combattants, dans ce cas particulier des individus soupçonnés d'appartenir aux forces des ex-Séléka.

« J'exhorte les autorités à lancer immédiatement une enquête transparente et indépendante pour vérifier ces informations révoltantes », a-t-elle déclaré.

Des combats et violations des droits de l'homme ont aussi lieu dans d'autres parties du pays. A Bossangoa, une ville également située dans l'ouest du pays, les affrontements entre les deux groupes ont fait un nombre indéterminé de victimes depuis le mois de septembre 2013 et causé des déplacements de population à grande échelle.

Une équipe onusienne des droits de l'homme s'est récemment rendue à Bossango, où elle a reçu des informations faisant état de violations généralisées des droits de l'homme perpétrées par les deux groupes, y compris des exécutions sommaires, des violences sexuelles ainsi que des cas d'arrestations et de détentions arbitraires. Des centaines de civils, dont deux travailleurs humanitaires appartenant à l'ONG Aide à la Coopération Technique et au Développement (ACTED) auraient perdu la vie au cours des deux premières semaines de septembre.

Suite aux combats, la plupart des Chrétiens ont pris refuge auprès de la mission catholique de Bossangoa, qui s'est transformée en un camp abritant au moins 30 000 personnes déplacées. Les civils, en particulier les hommes, craignent de quitter la mission, par peur d'être détenus, battus ou tués par les forces des ex-Séléka, s'ils sont suspectés d'appartenir aux milices anti-Balaka. Des civils musulmans ont aussi été déplacés. Un grand nombre d'entre eux s'est réfugié dans les locaux de la sous-préfecture et de l'école « Liberté ».

Au moins 20 villages proches de Bossangoa ont également été touchés par ces affrontements. Leurs habitants ont été contraints de fuir et de se cacher dans la brousse, où ils vivent dans des conditions précaires et craignent constamment pour leur vie.

« La population civile subit de plein fouet les conséquences de cette situation chaotique. Les civils sont clairement pris pour cible pour leur soutien supposé à un groupe ou pour leur appartenance religieuse », a déclaré Navi Pillay. « Des villages entiers sont réduits en cendres et des pillages à grande échelle continuent, y compris du vol de bétail. »

La Haut-Commissaire a aussi fait part de sa préoccupation suite à des rapports faisant état d'arrestations et de détentions illégales et de cas de tortures dans des centres de détention secrets à Bangui, la capitale centrafricaine. Selon des informations collectées par le Haut-Commissariat aux droits de l'homme, des forces ex-Séléka travaillant pour le CEDAD (Comité extraordinaire pour la défense des acquis démocratiques), un comité mis en place suite au dernier remaniement ministériel, pourraient être responsables de ces arrestations illégales et de ces abus des droits de l'homme. Le bâtiment du CEDAD semble être utilisé comme un centre privé de détention illégale où la torture serait largement utilisée. Le CEDAD ne dispose pas d'un mandat légal l'autorisant à détenir des personnes ou à enquêter sur des délits.

« Je demande aux autorités d'examiner ces allégations sans le moindre délai et, si elle sont confirmées, de prendre des mesures urgentes pour s'assurer que ces arrestations et détentions illégales ainsi que le recours à la torture cessent immédiatement », a déclaré Navi Pillay.

« Il faut restaurer l'état de droit en République centrafricaine de toute urgence », a ajouté la Haut-Commissaire. « Si aucune action immédiate n'est entreprise, tant par les autorités que par la communauté internationale, il existe un risque réel de voir la situation dégénérer rapidement et inexorablement en un conflit ouvert. Un tel conflit aurait des répercussions terribles sur la population centrafricaine et pourrait avoir un effet sur toute la région. »

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